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Zone euro : Lagarde change de ton

Publié le 11 février 2022

Mise sous pression par la hausse des prix, la Banque centrale européenne (BCE) a modifié son discours.

Le 3 février dernier, à l’issue de la réunion du Conseil des gouverneurs, Christine Lagarde a reconnu que «l’inflation a continué de surprendre à la hausse en janvier». Une façon élégante de dire que le service des prévisions de la BCE a sous-estimé l’ampleur et la durée du phénomène. En progression continue depuis six mois, l’IPCH (indice des prix à la consommation harmonisés) en zone euro est ressorti à 5,1% en janvier.

Certes, la hausse de l’inflation est liée en grande partie à la flambée des prix de l’énergie (+28,6%). Si l’on retranche de l’indice la composante énergétique, l’inflation retombe à 2,6%. Quant à l’indice «cœur», dépouillé des éléments les plus volatils (énergie, alimentation, alcool et tabac), il s’établit tout de même à 2,3%, soit légèrement au-dessus de la cible d’inflation fixée à 2%.

Vive réaction des marchés

Face à ce constat, tout en étant confrontée à une minorité importante du Conseil des gouverneurs qui pousse à l’action, la présidente de la BCE a déclaré «qu’elle n’écartait aucune option dans la conduite de la politique monétaire. Le Conseil des gouverneurs se tient prêt à ajuster l’ensemble de ses instruments, de façon adéquate, pour assurer que l’inflation se stabilise au niveau de son objectif de 2% à moyen terme.»

Autrement dit, la BCE n’exclut pas de resserrer sa politique monétaire plus rapidement que prévu, à commencer par la réduction des programmes de rachats d’obligations et pourquoi pas par un relèvement des taux directeurs avant la fin de l’année alors que les observateurs, dans leur grande majorité, n’anticipaient pas de mouvement sur les taux avant 2023.

Dans les salles de marché, la réaction des intervenants à cette mise à jour du logiciel de la BCE a été vive. Sur le marché obligataire, les rendements des emprunts d’État de la zone euro se sont immédiatement tendus sous la pression sur toute la longueur de la courbe des taux.

«La partie courte de la courbe anticipait une remontée de 25 points de base par la BCE cette année, avant la conférence de presse de jeudi dernier. Elle table désormais sur 50 points, soit deux hausses des taux», analysent les experts de la Société Générale.

Changements graduels

Cependant, cette brutale remontée de taux, et surtout le creusement des écarts de rendement entre les pays les plus fragiles de la zone et celui de l’Allemagne, pays jugé plus sûr, a contraint la BCE à reprendre la parole pour ajuster sa communication et mettre fin à la tourmente.

Christine Largarde, mais aussi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, sont montés au créneau pour rétablir le calme sur les marchés obligataires, évoquant tour à tour le caractère graduel des changements à venir et les réactions excessives des intervenants à court terme.

Reste à savoir si cette tentative de calmer les marchés sera couronnée de succès ?