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Zone euro : la BCE résiste à l'inflation

Publié le 05 novembre 2021

Canada, Brésil, Norvège… la liste des banques centrales resserrant leur politique monétaire s’allonge. Mais la BCE n’y figure pas encore.

La Banque centrale européenne a décidé le 28 octobre de poursuivre ses rachats d’actifs et ne scellera le destin de son programme d’urgence pandémique (PEPP) que le 16 décembre. Ce plan de 1.850 milliards d’euros sera probablement remplacé en avril par d’autres formes d’injection de liquidités.

Sur le volet des taux directeurs, Christine Lagarde le répète : leur remontée n’est pas à l’ordre du jour, même si les marchés l’anticipent à fin 2022. La présidente de la BCE reconnaît que l’inflation (4,1% en octobre sur un an) pourrait durer «plus longtemps que prévu» en zone euro. Mais elle reste convaincue de son caractère temporaire, lié notamment aux pénuries de matières premières et à la flambée des prix de l’énergie.

France qui rit, Allemagne qui pleure

Pas question donc de casser la reprise en coupant trop vite le robinet de liquidités. Le PIB de la zone euro a crû de 2,2% au troisième trimestre, après une hausse de 2,1% au deuxième. De fortes disparités subsistent toutefois entre les pays.

La croissance trimestrielle a atteint 3% en France, 2,6% en Italie, 2% en Espagne et seulement 1,8% en Allemagne. Le PIB français a quasiment retrouvé son niveau d’avant pandémie, alors qu’«au niveau agrégé de la zone euro, l’écart résiduel est [encore] de 0,5%, en Allemagne de 1,1%, en Italie de 1,4% et en Espagne de 6,6%», relève une étude de BNP Paribas.

La consommation a été le moteur de l’Europe ces derniers mois, l’industrie restant contrainte par des problèmes d’approvisionnement, des hausses de coûts et le tassement de la demande chinoise. D’où la contreperformance de l’Allemagne, très dépendante de ses usines.

Les économistes de La Banque Postale AM estiment que le pic de l’accélération de la croissance a été atteint au deuxième trimestre, ce que confirment les derniers indicateurs avancés. Mais la conjoncture reste tout de même bien orientée. L’indice PMI, qui reflète l’activité des entreprises, a reculé de 0,3 point en octobre dans le secteur manufacturier, à 58,3, et de 1,7 point dans les services, à 54,7.

L’indice du sentiment économique de la Commission européenne – synthèse du moral des consommateurs et des entreprises – a quant à lui progressé de 0,8 point le mois dernier, à 118,6, se rapprochant de son record historique (119) marqué en juillet.

Pas de spirale inflationniste

Un freinage brutal de l’économie européenne semble peu probable tant que la situation sanitaire reste sous contrôle, que l’activité ne s’effondre pas en Chine et qu’aucune spirale inflationniste ne s’enclenche. Cette dernière se nourrirait des hausses de salaires généralisées, ce qui n’est pas le scenario privilégié des économistes aujourd’hui. En effet, les difficultés de recrutement sont pour le moment surtout concentrées dans des secteurs comme le tourisme et la logistique.

De fait, les prévisionnistes de Crédit Agricole gagent que le PIB de la zone euro retrouvera son niveau pré-crise d’ici la fin de l’année. Sa croissance devrait atteindre 5% en 2021 et 4,6% en 2022, selon les dernières anticipations du Fonds monétaire international.