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Royaume-Uni : terrasser l’inflation

Publié le 18 septembre 2022

Un nouveau chef du gouvernement et un nouveau souverain à deux jours d’intervalle.

La rentrée de septembre a été mouvementée au Royaume-Uni, entre la nomination de Liz Truss comme Première ministre et l’accession du prince Charles au trône suite au décès de la reine.

Le second événement a néanmoins éclipsé le premier, du moins aux yeux du public, en dépit de la grave crise économique que traverse le pays. Durant les dix jours de deuil observés pour la mort d’Élisabeth II, tous les problèmes ont été mis en veilleuse.

Les grèves et actions syndicales prévues depuis des semaines ont été suspendues. De même, la Banque d’Angleterre a reporté au 22 septembre sa réunion de politique monétaire.

Cette période de deuil aura d’ailleurs un coût pour l’économie, compte tenu des jours chômés qui affectent en particulier le secteur du tourisme et des loisirs, avec un manque à gagner pouvant s’élever jusqu’à 6 milliards de livres, selon la presse d’outre-Manche.

Si les Britanniques semblent avoir un peu oublié leurs problèmes au cours de ces quelques jours, ils reviendront assez tôt à la réalité, marquée par la baisse de leur pouvoir d’achat.

Car la situation est grave en ce qui concerne l’inflation : un taux annuel à deux chiffres atteint au cours de l’été, les prix de l’énergie ayant presque doublé depuis mai dernier.

Limiter la facture des ménages

Une gravité dont le nouveau cabinet a pris la mesure, puisque c’est sur ce dossier qu’ont porté ses premières décisions.

Il a ainsi annoncé, le 6 septembre, un important plan de lutte contre la hausse des prix de l’énergie. Lequel prévoit de limiter la facture des ménages pour les deux prochaines années, avec un plafond de 2500 livres par an, ainsi que des entreprises pour une période de six mois.

En outre, le gouvernement a prévu une enveloppe de 40 milliards de livres pour soutenir les producteurs d’électricité en difficulté et donné le feu vert à l’exploitation du gaz de schiste dans le pays.

Ce plan de soutien massif, qui coûterait 150 milliards de livres, devrait permettre de modérer l’augmentation des prix aussi bien que le ralentissement économique en cours. Dès lors, le taux de 10,1% atteint en juillet apparaît comme un pic, estime la banque Barclays.

L’effet de la composante énergie des prix doit désormais s’atténuer, d’où une inflation globale qui «devrait finir l’année légèrement sous la barre des 9%», indique la banque. Le recul devrait ensuite s’accélérer, avec un taux prévu de 5,5% pour 2023.

Celui-ci pouvant même être plus bas si les entreprises s’engagent elles-mêmes à geler leurs prix. Enfin, le plafonnement des prix de l’énergie allège la pression sur la Banque d’Angleterre.

Une hausse de son principal taux directeur de 50 points de base, à 2,25%, semble toujours d’actualité ce mois-ci, qui devrait être suivie par un relèvement de 25 points en novembre, indique Barclays.

Mais, au-delà, la poursuite du resserrement monétaire ne s’impose plus, compte tenu par ailleurs du ralentissement de la croissance et de la dégradation de l’emploi.

Défiance des marchés

Reste le problème de la crédibilité budgétaire de cette nouvelle politique, vu le coût très important des mesures de soutien et la question de leur financement.

En héritière assumée de Margaret Thatcher, Liz Truss a écarté toute hausse d’impôt. Le plan sera donc financé par l’emprunt, ce qui n’est pas de nature à rassurer les marchés sur l’évolution des finances publiques du royaume.

D’ailleurs, depuis le 6 septembre, la livre a poursuivi sa glissade et le rendement des emprunts publics à 10 ans a franchi la barre des 3%, soit un plus-haut depuis 2011. Sous les ors du palais de Saint James, Charles III inaugure ainsi son règne dans un climat de défiance.