Le conservateur

Actualités Le Revenu

Placements : comment faire face au choc de l'inflation qui dure

Publié le 13 juillet 2022

Le redémarrage progressif de l’économie mondiale à la sortie de la crise sanitaire avait déjà créé des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement et favorisé la hausse des prix.

Mais l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la volonté persistante de Vladimir Poutine de prolonger le conflit armé ont amplifié ce rebond de l’inflation, entretenu par la flambée des prix du pétrole, du gaz et des matières premières (agricoles, métaux, etc). La reprise de l’épidémie en Chine alimente ces tensions du fait de l’application de la politique zéro Covid par les autorités chinoises et du faible taux de vaccination dans le pays.

Pic d’inflation ?

Certains indicateurs semblent montrer qu’un pic d’inflation pourrait avoir été atteint aux États-Unis, comme dans certains pays d’Europe de l’Ouest. Mais la spirale de la hausse des prix s’est installée dans les anticipations et les comportements. Les demandes de hausses de salaires collectives, rendues nécessaires par l’augmentation du coût de la vie, vont auto-entretenir désormais l’inflation. Les banques centrales et les gouvernements, qui se sont trompés sur l’ampleur de cette émergence de l’inflation depuis 2021, n’osent plus faire de prévisions trop positives, de peur d’être à nouveau démentis par les faits.

Le 12 juillet, le prix du baril de Brent évoluait autour de 105 dollars, en repli par rapport à ses plus hauts au-delà de 130 dollars en mars.

En France, la hausse de l’indice des prix à la consommation a accéléré en rythme annuel à 5,8% en juin, selon l’Insee. Le prix du gaz a augmenté, lui, de 54% en un an. L’électricité, en hausse de 4% pour les tarifs réglementés, aurait dû augmenter de 44% sur la période sans le blocage mis en place par le gouvernement. Le prix des pâtes alimentaires a bondi en moyenne de 15% en un an. Pour le moment, les salaires ne suivent pas avec la même ampleur. Le Smic a progressé de 2,65% en mai, les estimations moyennes d’augmentation collective dans les entreprises tourneraient autour de 2,3% en 2022.

Dans le même temps, une relative accalmie s’est installée dans la hausse des taux longs des emprunts d’État, les investisseurs recherchant les obligations souveraines pour leur sécurité. Le taux d’émission de l’emprunt d’État français (OAT) à 10 ans a reculé à 1,87% le 12 juillet, après avoir atteint 2,39% le 14 juin. Il évoluait légèrement au-dessus de zéro en début d’année.

Dans cet environnement délicat, perturbé par la perspective de guerre durable en Ukraine, des solutions existent toutefois pour protéger votre épargne.

L’épargne réglementée indexée sur l’inflation

L’épargne réglementée, malgré le relèvement du taux de rémunération des livrets (Livret A, LDDS, Livret Jeune) à 1%, ne permet pas de se protéger assez de l’inflation. Mais la formule de calcul du taux de rémunération intègre l’inflation.

Elle comporte donc un mécanisme de protection malgré tout, avec un réexamen possible tous les trois mois. Une hausse qui porterait le livret A à 2% au 1er août réduirait un peu l’écart.

Les fonds infrastructures

Les revenus issus d’hôpitaux, de télécommunications, d’équipements sportifs ou de réseaux de transports, sont souvent réguliers, et peuvent être indexés sur la hausse des prix. Réservé aux institutionnels, ce type d’investissement s’ouvre un peu aux épargnants.

La gestion collective offre quelques solutions via les fonds privilégiant le développement d’infrastructures.

Ils comportent en général le mot «infrastructures» dans leur libellé, à l’instar de GF Infrastructures Durables proposé par Generali dans les contrats d’assurance vie, ou M&G Global Listed Infrastructure dans l’univers des sociétés cotées.

L’or physique ou papier

Actif tangible, l’or est souvent présenté comme une réponse à l’inflation. Mais c’est surtout durant la période 2005-2020, caractérisée par une inflation faible, que le cours de l’or a fait mieux que l’inflation. Ou au cours des années 70, quand le cours du métal jaune a été multiplié par près de 20 alors que l’inflation montait de 5% à près de 14% à la fin de la décennie.

En 2022, après une flambée à plus de 2000 dollars l’once début mars, le métal jaune est revenu autour de 1.700 dollars, en recul de près de 5% depuis le début de l’année.

Valeur refuge, le cours du métal jaune monte aussi lorsque la peur prévaut, notamment sur les marchés d’actions. Mais actuellement ce placement ne compense pas la baisse du reste de votre portefeuille.

Outre la détention physique de lingots et pièces, avec ses contraintes de stockage et de sécurité, on peut aussi investir dans l’or papier à travers des supports indiciels indirects (ETC, ETP et certificats) comme le Gold Bullion Securities et les Physical Gold ETC d’Amundi ou Invesco. Un panier d’actions de sociétés minières aurifères via un fonds spécialisé (comme Crédit Mutuel Global Gold ou LCL Actions Or Monde) est une autre solution. Mais avec ces minières cotées vous retrouvez la volatilité des actions.

L’immobilier

Les rendements des placements immobiliers sont soutenus par les mécanismes de révision des loyers via des indices fournis par l’Insee, établis dans tous les secteurs (résidentiel, commercial, bureaux, etc.). C’est le rôle de l’indice de révision des loyers (IRL) pour les baux de logements ou de l’indice des loyers commerciaux (ILC), voire de l’indice du coût de la construction (ICC), pour les baux commerciaux.

Outre la détention par un achat en direct d’un bien immobilier en pleine propriété, les solutions locatives avec avantage fiscal comportent aussi des conventionnements de loyers sur l’inflation, notamment via l’indice de référence des loyers (IRL), par exemple pour les dispositifs Pinel ou les investissements effectués avec le statut de loueur meublé non-professionnel (LMNP).

Si l’achat du bien immobilier a été fait à crédit, le regain d’inflation réduit le poids réel du remboursement du capital et des intérêts.

Malgré tout, il ne peut s’agir que d’un placement de long terme. Un retournement du marché immobilier est toujours possible. Une forte inflation assortie d’une hausse des taux de crédit fera pression sur les prix. Et une crise économique affaiblit les locataires, donc leur capacité à honorer les loyers ou à être candidat à la location. L’emprunteur doit, lui, toujours honorer les mensualités de crédit et supporter la taxation élevée de l’immobilier en France.

Les obligations indexées ou à haut rendement

Les obligations indexées sur l’inflation fonctionnent différemment des emprunts d’État classiques. En cas d’inflation, la valeur d’origine (au moment de l’achat du coupon) est conservée et ne dépend que des taux réels. Le principal et les intérêts versés des obligations indexées sur l’inflation sont revalorisés en fonction du niveau général des prix.

Mais ces obligations sont peu accessibles aux particuliers. La stratégie, porteuse dans les phases d’anticipation d’inflation, l’est moins actuellement dans des fonds spécialisés comme Axa IM Euro Inflation Bonds [code Isin FR0000989501] et La Française Euro Inflation [FR0010367086].

Les obligations d’entreprises à haut rendement (high yield) profitent aussi d’une inflation qui allégera le poids de la dette. Mais ces supports sont sensibles à une dégradation de la conjoncture économique.

Les actions des sociétés qui peuvent augmenter leurs prix

Dans cette période de hausse des coûts, l’investisseur en Bourse peut privilégier les valeurs à forte capacité d’augmentation de leurs prix (pricing power), c’est-à-dire capables de répercuter l’inflation des coûts dans leurs prix de vente.

Air Liquide refacture contractuellement à ses clients la hausse des prix de l’énergie. Pour les valeurs du luxe comme Hermès ou LVMH, la hausse des prix est acceptée par leurs clients à fort pouvoir d’achat. L’image des marques du leader des cosmétiques L’Oréal, très établie, facilite toute hausse des prix, surtout pour le pôle luxe (Lancôme, Yves Saint Laurent), soit plus du tiers du chiffre d’affaires du groupe.

Mais la guerre en Ukraine oblige à relativiser cette approche, car elle entraîne des turbulences boursières. À l’exception des valeurs du secteur de la défense, comme Thales (+56% au premier semestre), très recherchées.

Les actifs tangibles

Autre rempart possible contre l’inflation, la valeur de certains placements plaisir, qui semblent davantage «décorrélés» de la conjoncture immédiate, peut augmenter avec le temps, comme ceux dans les forêts, les vignobles ou les œuvres d’art.

Ces actifs ne sont pas affectés de la même manière par les soubresauts économiques que des actifs «classiques». L’investissement en direct dans des forêts, avec une exploitation partielle du bois, offre en outre quelques avantages fiscaux. Une solution plus accessible réside dans l’achat de parts de groupements forestiers d’investissement (GFI). Une réduction d’impôt, couplée à des objectifs de rendements annuels moyens à 2%, protégera un peu de l’inflation votre épargne seulement si l’hypothèse de valorisation à long terme est validée. L’approche peut être pratiquée aussi dans l’univers viticole via un groupement foncier viticole (GFV).

En conclusion, il n’y a pas de parades idéales à l’inflation, surtout dans un tel contexte géopolitique, qui peut en rendre le contrôle difficile, mais une diversification sur différentes solutions d’investissement est recommandée.