Le conservateur

Actualités Le Revenu

Italie : un scrutin aux enjeux européens

Publié le 23 septembre 2022

En ce début d’automne, le visiteur a du mal à se frayer un passage dans les ruelles du centre de Rome. Visiter le Panthéon ou se faire prendre en photo devant la fontaine de Trevi relève de la gageure. On le voit partout, les touristes sont de retour en Italie.

Les chiffres révisés de la croissance au deuxième trimestre, publiés le 1er septembre, l’avaient déjà montré : la consommation (hébergement, restauration, commerce, transport…) a progressé de 3,3 %, bénéficiant de la fin des restrictions sanitaires et de la reprise des dépenses des ménages. Grâce aux mesures de soutien gouvernementales, ces derniers ont pu supporter les hausses de prix.

Les entreprises, quant à elles, ont subi moins de contraintes sur leurs approvisionnements, ce qui a compensé les effets négatifs apparus du côté de la demande. Au total, loin de la récession redoutée, le PIB a augmenté de 1,1% en trois mois. En rythme annuel, il affiche une progression de 4,7%.

Indicateurs dégradés

Ce rebond plus important que prévu donne pourtant des signes d’affaiblissement. En dehors du tourisme, les indicateurs se sont dégradés au cours de l’été. C’est notamment le cas de l’activité industrielle, comme l’a montré l’indice PMI manufacturier du mois dernier (48 contre 48,5 en juillet).

Pour sa part, l’inflation a atteint un nouveau sommet, à 8,4%, qui pourrait encore être dépassé au cours du troisième trimestre, vu l’évolution des prix du gaz. Surtout, l’avenir à court terme est hypothéqué par le facteur politique, compte tenu des élections du 25 septembre. L’inquiétude est ainsi revenue dès le 21 juillet, avec la démission du gouvernement de Mario Draghi.

Et aujourd’hui la victoire annoncée de la coalition de droite (Fratelli d’Italia, Lega et Forza Italia), qui propulserait Giorgia Meloni à la présidence du conseil, n’est pas faite, a priori, pour rassurer les milieux financiers. C’est pourquoi la principale composante de cette coalition, Fratelli d’Italia, réputée eurosceptique, s’est efforcée au cours de l’été de rassurer la communauté internationale. Soucieuse d’assurer la poursuite des subventions du plan européen de relance de 2020 (Next Generation EU), dont l’Italie est la plus grande bénéficiaire, sa présidente a donc assoupli sa position à l’égard de l’Union, se défendant de toute velléité de sortie de l’euro.

Reste qu’avec le prochain gouvernement, il faut probablement s’attendre à un creusement du déficit budgétaire, indique la banque Barclays. Avec, d’une part, une fiscalité plus faible et moins progressive et, de l’autre, davantage de dépenses de retraite et d’investissements dans les infrastructures publiques. Selon Barclays, les propositions fiscales de la coalition entraîneraient un surcroît de déficit compris entre 30 et 70 milliards d’euros, soit de 1,5 à 3,9 % du PIB.

Des risques sur la dette

D’ores et déjà, la politique de resserrement monétaire de la Banque centrale européenne a élargi les «spreads» dans la zone euro, à savoir l’écart de rendement entre la dette souveraine allemande, la moins risquée, et son homologue italienne (plus de 225 points de base pour l’échéance à 10 ans).

Le coût moyen de financement de la seconde est supportable pour l’instant, estime la société de gestion Candriam, mais la conjoncture économique internationale et la situation politique interne ont accru les risques.

Sans compter des facteurs de fragilité structurels, comme la faiblesse de la démographie et la rigidité du marché du travail. C’est d’ailleurs en prévision de ces risques qu’a été créé en juillet dernier le TPI, mécanisme anti-fragmentation de la BCE (Le Revenu n° 1699). Car l’Italie n’est pas la Grèce : un défaut de paiement de ce pays, le troisième en importance de la zone euro, signerait sans doute la fin de la monnaie unique.