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Italie : risque d’instabilité politique

Publié le 21 janvier 2022

L’Italie serait-elle en train de renouer avec l’un de ses vieux démons, à savoir l’instabilité politique, au risque de fragiliser le pays en phase de redressement ?

Les investisseurs sont portés à le croire, si l’on en juge par l’évolution du rendement des emprunts d’État à dix ans, les Buoni del Tesoro Poliennali (BTP) ou bons du Trésor pluriannuels.

Depuis le 22 décembre 2021, en effet, les taux se sont brusquement tendus pour atteindre 1,31%, leur plus haut niveau depuis l’été 2020, alors qu’ils étaient tombés à 0,33% en février 2021.

Un «grand-père» disponible

Alors que l’actuel président de la République, Sergio Mattarella, a décidé de ne pas briguer un second septennat, en raison notamment de son âge (80 ans), Mario Draghi, à la tête du gouvernement depuis février 2021, a laissé entendre qu’il était disponible pour endosser le costume.

Taux des emprunt italie

«Je suis simplement un homme, un grand-père si vous voulez, au service des institutions», a-t-il déclaré avec malice lors de sa conférence de presse du 22 décembre dernier. Et d’ajouter, ce qui a été interprété comme un acte de candidature : «La décision revient entièrement aux forces politiques, qui ont permis à ce gouvernement d’agir.»

De fait, cette décision revient à un collège de grands électeurs qui réunit les membres de la Chambre des députés (630), du Sénat (321) et des délégués des régions (58). En tout, 1009 personnes qui devront participer à un premier tour de scrutin, dès le 24 janvier. Or, aucune majorité ne se dégage pour désigner le futur locataire du Quirinal, l’équivalent de l’Élysée. Et la liste des candidats putatifs s’allonge au fil du temps : Giuliano Amato, Paolo Gentiloni, Pier Ferdinando Casini et… l’insubmersible Silvio Berlusconi !

croissance trimestrielle

Certes, «le rôle du président de la République est avant tout honorifique et relativement limité. Cependant, il peut être très important dans les moments de crise et apparaît donc comme un gage de stabilité, explique Juliette Cohen, stratégiste chez CPR AM. En 2008, Sergio Mattarella avait bloqué la nomination de Paolo Savona, économiste eurosceptique proposé par la Ligue et le Mouvement 5 étoiles, comme ministre de l’Économie.»

Élections aux résultats incertains

Alors que la croissance devrait dépasser 6% en 2021, grâce notamment aux aides du plan de relance européen et à une campagne de vaccination réussie, un départ de Mario Draghi du gouvernement serait mal perçu par les marchés. Même si l’un de ses proches, comme Daniele Franco, le ministre de l’Économie et des Finances, pourrait prendre la suite. Car celui-ci aurait sans doute bien du mal à constituer une nouvelle coalition.

«Si les résultats de ces élections présidentielles italiennes sont très incertains au regard de leur mode de scrutin, il semble qu’un scénario entraînant des élections générales et la montée des partis eurosceptiques soit relativement peu probable, estime Juliette Cohen.

Par ailleurs, la réduction des besoins de financement et l’arrivée des fonds européens en 2022 rendent l’Italie moins sensible à la baisse prévue des achats de la BCE