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France : en capacité de rebondir

Publié le 15 mai 2021

À une époque, les économistes usaient et abusaient du ceteris paribus (toutes choses égales par ailleurs) dans le champ de leurs prévisions.

Cette locution latine – toujours en vigueur – leur permettait de faire abstraction de variables comme le comportement de certains agents économiques, dont les effets étaient considérés comme négligeables ou trop compliqués à estimer.

Les temps ont changé. Avec l’épidémie de Covid-19, c’est désormais l’usage du «si» qui a pris le pas et sa suite inséparable : «si la crise sanitaire est maîtrisée».

Rebond de la confiance

«Si nul ne se hasarde à dater avec précision la fin de la crise sanitaire, tout le monde sait qu’une issue prochaine existe grâce aux vaccins. On ne pouvait pas en dire autant il y a seulement six mois, remarque Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF. Restriction sanitaire d’une part, espoir de normalisation d’autre part, quelle proportion prennent ces deux paramètres dans les perspectives ? Les enquêtes de climat des affaires suggèrent que les facteurs positifs tendent à prendre le dessus. Les derniers indices de confiance des entreprises ont rebondi bien plus qu’on pouvait l’espérer. Qui plus est, l’embellie touche l’ensemble des secteurs.»

Avec la décrue de la troisième vague épidémique et l’intensification de la campagne de vaccination (18 millions de personnes ont reçu au moins une première dose de vaccin), le gouvernement a d’ailleurs fixé un calendrier de réouvertures graduelles : décalage du couvre-feu à 21 heures le 19 mai, avec réouverture des commerces, des terrasses, des lieux de culture et des établissements sportifs de plein air.

Puis décalage du couvre-feu à 23 heures le 9 juin, avec réouverture des cafés et restaurants, des salles de sport et des salons et foires. Et fin du couvre-feu le 30 juin.

Vers une croissance de 5%

«Ces réouvertures pourraient conduire l’activité économique à revenir à environ 4% sous son niveau d’avant-crise en mai, puis à -2,5% en juin», estiment les experts de l’Insee dans un document au titre espiègle : Reprise : si loin, si proche.

«Sous ces hypothèses, le PIB du deuxième trimestre n’augmenterait que de l’ordre de 0,25% par rapport au trimestre précédent. Il se situerait à 4% en dessous de son niveau du quatrième trimestre 2019 et l’acquis de croissance annuelle serait alors de 4,25% mi-2021, avec un potentiel de rebond supplémentaire au second semestre si la situation sanitaire reste maîtrisée.» Autrement dit, la croissance aurait des chances d’être supérieure à 5% en 2021, comme le prévoit la Banque de France.

De fait, et c’est la singularité de cette crise, le succès de la campagne vaccinale s’accompagne d’une nette reprise de l’activité et notamment de la consommation des ménages, comme il est constaté dans les pays plus avancés en termes de vaccination.

«Les vagues épidémiques ont à chaque fois entraîné des chutes soudaines et de grande ampleur de l’activité, analyse l’Insee, mais celles-ci peuvent être suivies de vifs rebonds une fois les contraintes levées et si l’épidémie reste jugulée, d’autant plus que les revenus des ménages et le tissu productif ont été globalement préservés par des mécanismes massifs de soutien.»

Tensions sur l’approvisionnement

Néanmoins, «avec le redémarrage de la demande au niveau mondial, des tensions sur l’approvisionnement des entreprises manufacturières sont apparues au cours des derniers mois, avec une forte augmentation des délais de livraison de matières premières et de biens intermédiaires depuis l’automne», observent les économistes du Crédit Agricole. Et la hausse des prix de production le confirme : +4% sur un an en mars.

Or ce mouvement est susceptible d’entraîner une compression des marges et une hausse au moins ponctuelle des prix à la consommation. Ceteris paribus.