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Épargne : protégez efficacement vos placements de l'inflation

Publié le 11 mars 2022

Les investisseurs n’avaient pas été inquiétés par l’inflation depuis plusieurs décennies, avant le retournement de l’année 2021, consécutif au début de sortie de la crise sanitaire.

Le redémarrage progressif a créé des goulots d’étranglement dans les chaînes d’approvisionnement, prolongés par les arrêts ponctuels dus aux nouveaux épisodes de contamination épidémique.

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a amplifié ce rebond de l’inflation, via la flambée des prix du pétrole, du gaz et des matières premières, notamment agricoles. Le prix du baril de Brent a frôlé les 140 dollars en séance le 7 mars. Les indices globaux de matières premières ont bondi de 12% en deux semaines, à l’instar du prix du boisseau de blé.

Baisse des taux longs

En France, la hausse de l’indice des prix à la consommation a accéléré en rythme annuel à 3,6% en février, selon l’Insee. En zone euro, elle a bondi à 5,8% et aux États-Unis à 7,5% en janvier. La remontée de l’inflation se manifeste un peu partout dans le monde, avec des pics dans les pays émergents. La guerre en Ukraine rend la prévision difficile dans le proche avenir.

Dans le même temps, ce conflit fait baisser les taux longs des emprunts d’État, les investisseurs recherchant les obligations souveraines pour leur sécurité. Le taux d’émission de l’emprunt d’État français (OAT) à 10 ans a reculé à 0,4% au 3 mars. Et le Bund allemand s’est replié à -0,03%.

Dans cet environnement délicat, perturbé par la guerre en Ukraine, des solutions existent toutefois pour protéger votre épargne.

L’or physique ou papier

Actif tangible, l’or est souvent présenté comme une réponse au risque inflationniste. Mais c’est surtout durant la période 2005-2020, caractérisée par une inflation faible, que le cours de l’or a fait mieux que l’inflation. La démonstration est moins flagrante à plus long terme. Et lors des fortes reprises économiques, la «relique barbare» n’est pas spécialement convoitée. L’or n’offrant aucun rendement, l’épargnant ne mise que sur la plus-value éventuelle.

Le cours du métal jaune monte aussi lorsque la peur prévaut, notamment sur les marchés d’actions. Au 10 mars, il gagnait ainsi 9% depuis le 1er janvier après avoir inscrit un nouveau pic à 2.070 dollars l’once et a profité de la crise sanitaire en progressant de 50% sur trois ans. Valeur refuge, ce placement compense une partie de la baisse du reste de votre portefeuille. La plateforme or.fr propose des solutions adaptées aux particuliers.

Outre la détention physique de lingots et pièces, avec ses contraintes de stockage et de sécurité, vous pouvez investir dans l’or papier à travers des supports indiciels indirects (ETC, ETP et certificats) comme le Gold Bullion Securities et les Physical Gold ETC d’Amundi, Invesco ou Wisdomtree – la réplication physique directe via un tracker (ETF) n’étant pas possible en théorie pour les matières premières.

Autre solution : un panier d’actions de sociétés minières aurifères via un fonds spécialisé (comme Crédit Mutuel Global Gold ou LCL Actions Or Monde) ou un tracker sur l’indice du secteur (Lyxor Nyse Arca Gold Bugs, par exemple). Mais avec ces minières cotées vous retrouvez la volatilité des actions.

Lors de la revente d’or physique, les plus-values sont imposées à 11% et à 17,2% aux prélèvements sociaux. Un abattement de 5% par an à partir de la troisième année de détention permet l’exonération totale seulement au bout de 22 ans.

Il convient de limiter cette exposition à l’or à 5% de votre épargne du fait de ses caractéristiques et de ses particularités de détention.

L’immobilier à crédit, en direct ou intermédié

Emprunter pour acheter un bien immobilier qui peut prendre de la valeur s’avère judicieux quand le taux fixe de l’emprunt est bas et les prix des logements en hausse sur longue période. Le regain d’inflation réduit le poids réel du remboursement du capital et des intérêts. On peut donc investir dans l’immobilier à crédit à taux fixe, soit en direct en pleine propriété, soit en achetant des parts de supports immobiliers détenues dans des sociétés civiles (SCI, SCPI, etc.), soit en recourant à des solutions dotées d’avantages fiscaux.

La prévision en matière de prix immobiliers est toujours difficile. La faiblesse des taux d’intérêt des crédits et la recherche de protection et d’espace vital avec la crise sanitaire ont dopé les prix des logements, au lieu de freiner la hausse constatée depuis 2016. Si le ralentissement en cours se confirme, il peut offrir des opportunités d’achat. Mais il ne peut s’agir que d’un placement de long terme. Un retournement du marché immobilier est toujours possible.

Les rendements de ce placement sont soutenus aussi par les mécanismes de révision des loyers via des indices fournis par l’Insee, établis dans tous les secteurs (résidentiel, commercial, bureaux, etc.). C’est le rôle de l‘indice de révision des loyers (IRL) pour les baux de logements ou de l’indice des loyers commerciaux (ILC), voire de l’indice du coût de la construction (ICC), pour les baux commerciaux.

Outre la détention par un achat en direct d’un bien immobilier en pleine propriété, les solutions locatives avec avantage fiscal comportent aussi des conventionnements de loyers sur l’inflation, notamment via l’indice de référence des loyers (IRL), par exemple pour les dispositifs Pinel ou les investissements effectués avec le statut de loueur meublé non-professionnel (LMNP).

Une autre solution consiste à acheter à crédit des parts de sociétés civiles immobilières (SCI) ou de placement immobilier (SCPI), y compris dans l’assurance vie multisupport. Les SCI proposées par certains assureurs vie se composent de divers supports immobiliers (SCPI, OPCI, placement direct, etc.). La vigilance reste de mise, du fait du risque de défaut des sociétés pendant une crise, et la valeur des parts peut baisser. De plus, la crise sanitaire a fait évoluer le besoin de bureaux avec l’émergence du télétravail, et les pratiques des consommateurs qui ont réduit leur fréquentation des centres commerciaux.

La pierre n’est donc pas immunisée. Une forte inflation assortie d’une hausse des taux de crédit fera pression sur les prix. Et une crise économique affaiblit les locataires, donc leur capacité à honorer les loyers ou à être candidat à la location. L’emprunteur doit, lui, toujours honorer les mensualités de crédit et supporter la taxation élevée de l’immobilier en France, sur les revenus fonciers, mais aussi avec la taxe foncière, en hausse, et l’IFI, le cas échéant.

Les obligations indexées ou la dette privée à haut rendement

Les obligations indexées sur l’inflation fonctionnent différemment des emprunts d’État classiques. En cas d’inflation, la valeur d’origine (au moment de l’achat du coupon) est conservée et ne dépend que des taux réels. Le principal et les intérêts versés des obligations indexées sur l’inflation sont revalorisés en fonction du niveau général des prix.

Mais ces obligations sont peu accessibles aux particuliers. La stratégie, porteuse dans les phases d’anticipation d’inflation, peut être mise en portefeuille via des fonds spécialisés comme Axa IM Euro Inflation Bonds [code Isin FR0000989501] et La Française Euro Inflation [FR0010367086].

Les obligations d’entreprises à haut rendement (high yield) dans des secteurs profitant de la reprise économique profitent aussi d’une inflation qui allégera le poids de la dette. Les programmes de rachats des banques centrales ont poussé les investisseurs recherchant des obligations d’entreprises bien notées (investment grade) à puiser dans le segment high yield. Mais ces supports sont sensibles à une dégradation de la conjoncture économique.

Les actions des sociétés qui peuvent augmenter leurs prix

Les soubresauts actuels engendrent une hausse des coûts. L’investisseur en Bourse peut alors privilégier les valeurs à forte capacité d’augmentation de leurs prix (pricing power), c’est-à-dire capables de répercuter l’inflation des coûts dans leurs prix de vente (voir le tableau).

Air Liquide refacture contractuellement à ses clients la hausse des prix de l’énergie. Pour les valeurs du luxe comme Hermès ou LVMH, la hausse des prix est acceptée par leurs clients à fort pouvoir d’achat. L’image des marques du leader des cosmétiques L’Oréal, très établie, facilite toute hausse des prix, surtout pour le pôle luxe (Lancôme, Yves Saint Laurent), soit plus du tiers du chiffre d’affaires du groupe.

Cette approche peut aussi être pratiquée à travers un fonds, tel que Amplegest Pricing Power [FR0010375600].

Mais la guerre en Ukraine oblige à relativiser le raisonnement, car elle entraîne de forts décalages. Le secteur bancaire a ainsi été mis à rude épreuve ces dernières semaines. En revanche, les valeurs du secteur de la défense, comme Thales, ont été très recherchées.

Cinq valeurs à détenir en direct qui peuvent résister à l’inflation

Nom
[code]
Cours(1) Variation
depuis le 1er janvier(1)
Performance
3 ans(1)
Commentaire
Air Liquide
[AI]
141,18€ -7,5% +38,8% L’industriel offre de la résilience dans les crises. Il refacture la hausse des prix de l’énergie.
Eurofins Scientific
[ERF]
87,30€ -18,6% +125,6% Le laboratoire fabrique des tests devenus indispensables avec les contraintes réglementaires.
L’Oréal
[OR]
341,85€ -18,1% +49% Les marques du leader des cosmétiques disposent d’une solide image, notamment le pôle luxe.
LVMH
[MC]
567,80€ -22,6% +84% Forte désirabilité des 75 marques du groupe de Bernard Arnault, dans tous les segments du luxe.
Hermès
[RMS]
1.144€ -24% +95,2% Les hausses de prix sont généralement acceptées par ses clients à fort pouvoir d’achat.
(1) Au 7 mars 2022.

Les fonds climat ou infrastructures

La mondialisation a été une lame de fond déflationniste puissante, mais les projets de relocalisation et de «verdissement» de l’économie sont plutôt inflationnistes, surtout avec les contraintes réglementaires en faveur de la transition énergétique, suscitant des investissements massifs, à la fois publics et privés (énergies renouvelables, traitement de l’eau et des déchets, etc.)

La gestion collective offre des solutions via les fonds privilégiant la protection de l’environnement, la lutte contre le dérèglement climatique ou le développement d’infrastructures. L’observatoire Novethic recense 1200 fonds durables, et identifie 430 fonds «verts» centrés sur les stratégies environnementales.

Parmi nos sélections figurent des supports tels que BNP Paribas Aqua, Echiquier Positive Impact Europe, Mirova Europe Environmental Equity, Schroders Global Climate ou ceux de la gamme Sycomore AM.

L’épargne réglementée indexée sur l’inflation

L’épargne réglementée, malgré le relèvement du taux de rémunération des livrets (Livret A, LDDS, Livret Jeune) à 1%, ne permet pas de se protéger assez de l’inflation. Mais la formule de calcul du taux de rémunération intègre l’inflation.

Elle comporte donc un mécanisme de protection malgré tout, avec un réexamen possible tous les trois mois.

Les actifs tangibles spécialisés

Autre rempart possible contre l’inflation, la valeur de certains placements plaisir, qui semblent davantage «décorrélés» de la conjoncture immédiate, peut augmenter avec le temps, comme ceux dans les forêts, les vignobles ou les œuvres d’art.

Ces actifs ne sont pas affectés de la même manière par les soubresauts économiques que des actifs «classiques». L’investissement en direct dans des forêts, avec une exploitation partielle du bois, offre en outre quelques avantages fiscaux, mais il n’est réservé qu’à un nombre limité d’investisseurs fortunés. Une solution plus accessible réside dans l’achat de parts de groupements forestiers d’investissement (GFI). Le placement peut démarrer à 5.000 euros en cas de rachat de parts, mais plutôt à 150.000 euros dans le cadre de la création d’un GFI.

Une réduction d’impôt, couplée à des objectifs de rendements annuels moyens à 2%, protégera un peu de l’inflation votre épargne seulement si l’hypothèse de valorisation à long terme est validée. L’approche peut être pratiquée aussi dans l’univers viticole via un groupement foncier viticole (GFV). Dans ces divers supports, vous subirez toutefois les aléas d’un placement mutualisé, que vous ne maîtrisez pas en direct. Les bonnes bouteilles de grands crus de vin ou les objets d’art détenus en direct peuvent aussi voir leur valeur se bonifier avec les années, sous réserve d’une bonne sélection.

En conclusion, il n’y a pas de parades idéales à l’inflation, surtout dans un tel contexte géopolitique, qui peut en rendre le contrôle difficile, mais une diversification sur différentes solutions d’investissement s’avère judicieuse.


Les particularités du calcul de l’inflation en France

L’Insee publie chaque mois un indice des prix à la consommation (IPC). Son évolution est la principale mesure de l’inflation en France. Les prix d’un panier fixe de biens et services sont analysés en détail. Leur évolution est suivie en supposant une qualité constante du produit. Les prix sont donc corrigés des dernières innovations justifiant un tarif plus élevé, lorsqu’un produit en remplace un autre dans la même gamme.

Pour obtenir le résultat final, 160.000 prix sont relevés dans 30.000 points de vente par des enquêteurs de l’Insee, 500.000 sont collectés sur Internet, manuellement ou via des robots, et, depuis deux ans, 80 millions sont suivis avec les “données de caisse” des magasins grâce à l’informatique des tickets.

Le cas des logements

La composition de ce panier fixe est mise à jour chaque année, selon la répartition des dépenses des ménages qui est évaluée dans les comptes nationaux. L’alimentation (18%) et la santé (9%) sont les deux postes qui ont la plus forte pondération dans l’IPC. Le budget logement est intégré seulement à travers les loyers (6% de l’indice). Les prix de l’immobilier ne sont donc pas pris en compte directement. L’Insee considère que l’achat d’un logement est un investissement, et non pas une dépense de consommation.

Les Français ont parfois le sentiment que l’inflation officielle reflète mal leur propre ressenti du coût de la vie. Cette impression est due au fait que l’IPC est une moyenne, et non pas un indice complètement en phase avec les habitudes de consommation d’un individu en particulier. Le site Internet de l’Insee propose un simulateur d’IPC personnalisé. Chaque poste (alimentation, facture d’électricité, loyer, etc.) peut y être pondéré pour calculer un indice individuel.

L’inflation moyenne a été évaluée par l’Insee à 1,5% par an ces deux dernières décennies, jusqu’à l’année 2020 incluse. Après 1,6% en 2021, et une prévision à 3,3% en 2022, un emballement provisoire est probable avec la guerre en Ukraine.