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Énergie : des plans convergents en Europe

Publié le 30 septembre 2022

Confrontée à un choc énergétique majeur, l’Europe est au pied du mur. La facture de la crise est déjà salée, ayant contribué très largement à alimenter l’inflation et plongé les comptes extérieurs de la zone euro dans le rouge.

Les importations de combustibles fossiles y ont atteint 73 milliards d’euros en juillet, contre 28 milliards par mois en moyenne depuis 10 ans. Le montant des importations d’énergie nettes est passé de 2% du PIB en 2021 à 4% du PIB sur les sept premiers mois de l’année.

Le coût de ces importations pourrait baisser légèrement à partir de septembre, avec le récent reflux des prix du pétrole et du gaz, mais la facture énergétique annuelle devrait quand même atteindre un record absolu de près de 4,5% du PIB, selon les estimations de la Banque Postale. Confronté au même choc, le Royaume-Uni a déjà annoncé un plan massif d’aides aux ménages (voir Le Revenu n°1706).

Les propositions de Bruxelles

La Commission européenne a présenté une panoplie de mesures temporaires pour faire face à l’envolée des prix du gaz et de l’électricité, qui doivent être discutées le 30 septembre lors d’une réunion des ministres de l’Énergie des États membres. Parmi ces mesures figurent le plafonnement des revenus de certains producteurs d’électricité à partir du nucléaire et des renouvelables, s’ils engrangent des profits «exceptionnels», et la mise en place d’une «contribution temporaire de solidarité» des producteurs et distributeurs d’énergies fossiles qui réalisent aussi des bénéfices massifs.

À l’inverse, la Commission veut soutenir les fournisseurs d’énergie connaissant des problèmes de liquidités face à la volatilité des prix. Par ailleurs, elle souhaite fixer aux États un objectif contraignant pour réduire «d’au moins 5%» leur consommation d’électricité durant les heures de pointe. Ces projets s’ajoutent à d’autres initiatives, comme l’objectif de réduction de 15% de la consommation de gaz d’ici à mars 2023, la diversification des sources d’approvisionnement ou encore l’augmentation du stockage.

Plafonner le prix de l’énergie

Les mesures proposées par Bruxelles permettent de mettre en œuvre une certaine redistribution des gains et des pertes et de limiter la charge sur les budgets des États. Mais seul un plafonnement du prix de l’énergie pourrait modérer l’inflation, explique Paola Monperrus-Veroni, économiste au Crédit Agricole.

L’Espagne et le Portugal ont déjà montré la voie pour soulager la facture des ménages, en plafonnant le prix du gaz depuis le 15 juin. La contribution de la composante énergétique à l’inflation générale espagnole s’est donc réduite, passant de 4,5% en juillet à 4% en août.

Des boucliers tarifaires

Après la présentation du plan français d’aide aux ménages le 14 septembre, qui prévoit de prolonger en 2023 le bouclier tarifaire et de distribuer des chèques énergie aux foyers modestes d’ici à la fin de l’année, les Pays Bas ont également décidé de plafonner le prix du gaz et de l’électricité et l’Italie pourrait faire de même.

Pour sa part, l’Allemagne va aussi aider les ménages et nationaliser sa principale entreprise gazière, Uniper. Au total, on doit s’attendre au sein de la zone euro à des mesures d’aides budgétaires de l’ordre de 1,5 % du PIB d’ici à mi-2023, soit autant que ce qui a déjà été effectué jusqu’à l’été, indique Xavier Chapard, économiste à la Banque Postale. Compte tenu du mix énergétique et des mesures fiscales de chaque pays, le choc récessif de la crise sera plus important en Allemagne et en Italie qu’en France ou en Espagne.

Mais globalement, la récession attendue vers la fin de l’année devrait être limitée, estime l’économiste, «à condition que des rationnements importants soient évités et que le resserrement monétaire de la BCE n’entraîne pas de stress financier majeur».