Partagez

Dévoilés le 13 mai, les chif­fres du PIB britannique au premier trimes­tre ont été accueillis comme le témoignage d’un passé lointain. L’économie s’est contractée de 2%, à un rythme bien moin­dre que la zone euro (-3,8%).

Mais cette meilleure résistance est anodine puisque l’entrée en confinement est intervenue tardivement ou­tre-Manche, le 23 mars. Un ­retard à l’allumage d’ailleurs très critiqué, à l’heure où le Royaume-Uni affiche le triste record du nombre de victimes du coronavirus (plus de 32.000) parmi les pays européens.

Quelques jours plus tôt, la Banque d’Angleterre avait livré un scénario très noir, tablant sur une chute historique de 14% du PIB en 2020. Elle s’attend à un vif rebond en 2021 (+15%), loin d’être toutefois suffisant pour ramener l’activité à son niveau d’avant-crise. Les mesures de distanciation sociale touchent durement l’économie britannique, notamment les services, qui représentent 80% du PIB.

Dans ce secteur, l’enquête auprès des directeurs d’achat (PMI) montre un décrochage vertigineux. L’indice est tombé à 12,3 en avril, très en deçà de son précédent record de faiblesse (40,1 en novembre 2008), alors que «seule une entreprise de services sur cinq est parvenue à éviter une chute de son activité depuis mars».

Un plan de soutien à 100 milliards de livres

Afin de freiner la hausse du chômage et des faillites, le Royaume-Uni a engagé un plan d’actions sans précédent. Les dépenses liées au dispositif de chômage partiel, aux subventions aux petites entreprises et aux dotations aux hôpitaux et collectivités totalisent 100 milliards de livres, selon l’Office for Budget Responsability (OBR), soit 5% du PIB.

Afin d’empêcher un engorgement sur le marché de la dette, la Banque d’Angleterre permet au Trésor de se financer directement auprès d’elle – les sommes dues devant toutefois être remboursées d’ici la fin de l’année.

Les autorités ont ainsi mis le paquet pour créer les conditions de la reprise. Mais le redémarrage pourrait être poussif.

James Smith, économiste chez ING, ne s’attend pas à ce que l’activité retrouve ses niveaux précédant la pandémie «avant 2022 au plus tôt». «Surtout, la reprise sera lente», estime l’expert, qui entrevoit plusieurs challenges pour le pays, dont la grande crainte au sein de sa population d’une seconde vague de contamination.

Les sondages montrent en effet que les Britanniques sont les plus réticents parmi les autres grands pays étudiés à une réouverture de leur économie et à un retour à la vie normale.

Par ailleurs, la situation insulaire fait que les chaînes d’approvisionnement y sont particulièrement perturbées, avec une remise en route qui s’annonce lente.

Heure de vérité pour le Brexit

L’autre challenge pour l’économie britannique – et non des moindres – est celui du Brexit. Bruxelles et Londres ont jusqu’à fin juin pour décider d’étendre (ou non) la période de transition au-delà de fin 2020.

Si Boris Johnson campe sur sa position de tenir le calendrier initial, les entreprises britanniques ne seront clairement pas prêtes à temps. «Même si un accord de libre-échange est trouvé, il y aura de nouvelles frictions considérables sur le marché des biens et des services», prédit James Smith.

Un nouveau choc à l’horizon 2021.

 

Découvrez toutes nos actualités Groupe Le Conservateur