Du mieux, à parfaire, sur le front de la conjoncture européenne

Publié le 31 août 2026

Auteur

Véronique Riches-Florès

Économiste

La croissance a repris des couleurs dans la plupart des pays de l’union monétaire depuis le début de l’année. Plus résiliente que généralement prévu aux chocs successifs de ces deux dernières années, la conjoncture semble également avoir bien résisté aux menaces renouvelées de la période estivale. INSEE en France, IFO en Allemagne ou ISTAT en Italie, les retours des enquêtes de sentiment sont partout de bon augure, comme il en est de ceux de la Commission européenne pour l’ensemble de la zone euro en août.

En tête des bonnes surprises récentes, le réveil de la croissance allemande après quasiment quatre ans de léthargie, autorise un regain de confiance généralisé à l’égard des perspectives régionales, dont a rendu compte la performance boursière depuis le printemps. Plus impactés que les américains par les premiers temps de la guerre en Iran, les indices européens ont, en effet, quasiment récupéré leur retard au cours des trois mois écoulés.

Les pays européens sortent-ils, enfin du bois ? S’il y a dans les tendances en cours de bonnes raisons de satisfaction, y compris en France, le contexte en présence inspire encore de nombreuses questions quant sa capacité à entraîner la zone euro sur la voie d’une reprise durable, en mesure de redorer les perspectives de l’année en cours et des suivantes.

Une croissance allemande de plus de 1 % cette année

C’est d’Allemagne que sont venues les nouvelles les plus convaincantes ces derniers temps. Après avoir augmenté de 0,4 % au premier trimestre, la révision à la hausse de la croissance du deuxième trimestre, de 0,2 % à 0,3 %, marque le troisième trimestre consécutif de rattrapage qui permet au PIB allemand de ressortir en hausse de 1 % au cours de l’année écoulée, ce qui n’était pas arrivé depuis fin 2022. Depuis, le climat des affaires s’est redressé en juillet et août, industrie manufacturière en tête, qui retrouve son plus haut niveau depuis le printemps 2023. En août, l’indicateur IFO de retournement conjoncturel a retrouvé des niveaux qu’il n’avait plus revus depuis deux ans et préjugent d’une amélioration persistante de la situation qui permettra, vraisemblablement sans mal, une croissance de plus de 1 % en moyenne cette année.

L’Italie n’est pas en reste. Malgré des résultats plus instables sur le front industriel, la croissance italienne s’est maintenue entre 0,2 % et 0,3 % au cours des quatre derniers trimestres, autorisant un résultat annuel de 1,1 % à la fin du deuxième trimestre, légèrement supérieur à celui de l’Allemagne (1 %).

En comparaison, l’économie française fait bien pâle figure. Après révision, c’est finalement une baisse de 0,2 % du PIB qui ressort des comptes nationaux du premier trimestre. L’attentisme consécutif à une crise politique sans précédent et des retards de livraison de l’aéronautique expliquent cette mauvaise performance. La stagnation du PIB au deuxième trimestre n’est pas davantage à la hauteur des espoirs. Le taux de croissance annuel a, ainsi été réduit de moitié par rapport à la fin de l’année dernière, à 0,5 % seulement, moitié moindre que celle de l’Allemagne et de l’Italie.

Malgré tout, les détails des comptes nationaux sont moins négatifs. En dépit du conflit en Iran, consommation et exportations se sont ressaisies au deuxième trimestre et, après s’être envolé en début d’année, le niveau des stocks a fortement reflué, de sorte que corrigée de ce phénomène, la croissance du PIB ressort à 0,7 % par rapport au début d’année et 1,4 % sur un an.
Les chefs d’entreprises ont, par ailleurs, renoué avec un niveau de confiance plus solide durant l’été, dans l’industrie, d’abord, mais également dans les services, pour lesquels la saison touristique semble s’être mieux déroulée que redouté. Enfin, les gains de productivité ont refait surface ces derniers temps, ce dont témoigne l’amélioration des résultats des entreprises.

Le mauvais départ de cette année sera difficilement récupérable, c’est un fait. Après trois années de surperformance relativement à l’Allemagne et à l’Italie, il faudrait un petit miracle au second semestre pour que la croissance excède 0,5 % cette année, dans un contexte pré-électoral potentiellement dommageable. Pour autant, jusqu’à présent, au moins, les mauvais résultats du premier semestre peuvent encore être perçus comme un accident de parcours plutôt qu’une tendance de fond.  

Très loin des performances espagnoles dont la croissance évolue peu autour de sa moyenne de 2,7 % de ces deux dernières années, les principales économies de la zone euro renouent progressivement avec un cadre conjoncturel plus encourageant, que confirment d’ailleurs les tendances du crédit, France comprise. Malgré la hausse des taux d’intérêt, la croissance des prêts aux entreprises non-financières de la zone euro a atteint 4,5 % en juillet, un niveau qui n’avait plus été observé depuis longtemps en dehors des sursauts de 2020 et post-covid.

Alors, on y croit ?

Malgré ces signes patents d’amélioration, les caractéristiques conjoncturelles en présence interrogent.
Les soutiens à la croissance sont, en l’occurrence, assez difficiles à mettre en évidence. Faits de dépenses publiques et d’infrastructures civiles et militaires mal renseignées par les statistiques courantes, nul doute qu’ils soient à l’action dans nombre de secteurs industriels, quand bien même de manière insuffisante pour raviver l’ensemble des indices de production. Plus récemment, les développements technologiques qui, bon an mal an, finissent par imprégner les économies européennes, ont également contribué à l’amélioration bienvenue des gains de productivité, en France notamment.

Manquent, malgré tout, bien des éléments pour convaincre que cette reprise ait les moyens de développer des racines suffisamment profondes dans un avenir proche.

Après un léger raffermissement en 2025, le pouvoir d’achat des ménages allemands s’est contracté de 0,6 % au premier semestre malgré les revalorisations salariales importantes consécutives, notamment, à celle de 8,5 % du salaire minimum le premier janvier. Les évolutions sont comparables en France, comme souligné par l’INSEE dans la version détaillée des comptes nationaux du deuxième trimestre, à la différence que l’évolution annuelle du pouvoir d’achat, déjà plombée par les pertes des précédents trimestres s’inscrit également en repli de 0,7 %, au contraire de sa légère progression outre-Rhin (0,3 %).

Si les chefs d’entreprises sont plus confiants, la production industrielle est loin de donner des résultats comparables. Malgré quelques mois de sursaut, l’activité manufacturière a littéralement stagné au cours des six derniers mois.

Il faut dire que les distorsions sectorielles restent particulièrement importantes, comme l’illustrent ci-dessous les données allemandes, un schéma assez généralisé dans lequel une poignée de secteurs tire son épingle du jeu, laissant néanmoins sur le bas-côté une très large majorité des autres.

Les secteurs de proue finiront-ils par drainer une proportion suffisante des autres pour parvenir à une croissance plus équilibrée en l’absence des facteurs passés de la dynamique conjoncturelle ?

La réponse semble, principalement, se trouver dans trois conditions :

Aucun de ces sujets n’est étranger à la situation actuelle. Chacun d’entre eux produit déjà ses effets et justifie le regain de confiance observé ces derniers mois. Aucun n’est cependant déployé dans des proportions suffisantes pour produire l’impulsion économique dont aurait besoin la zone euro pour renouer avec des conditions de croissance structurelle plus encourageantes.
L’effet d’entraînement de l’industrie de la défense ne touche qu’un nombre réduit d’entreprises. Les développements sur le front de l’énergie sont réels mais, à ce stade, largement insuffisants pour envisager qu’ils puissent être en mesure de dévier la menace que présente, par exemple aujourd’hui, le très bas niveau de stocks de gaz, à quelques semaines du début de la hausse saisonnière des besoins. L’essor des nouvelles technologies et des activités qui leur sont liées est indéniable mais, là encore, bien trop lent pour représenter une source de croissance significative, à même de compenser les difficultés persistantes et souvent croissantes des secteurs traditionnels.

Une telle situation est source de fragilités persistantes. La BCE verra, sans doute, dans ces signes encourageants et la révision à la hausse de ses perspectives qui devrait en découler, de quoi conforter sa posture en faveur d’un resserrement monétaire additionnel, compte-tenu des niveaux actuels d’inflation et des menaces que représentent le contexte international et climatique actuel sur les perspectives de prix. Elle ne pourra cependant pas aller très loin dans cette direction sans prendre le risque de fragiliser un socle de reprise encore balbutiant.
L’économie européenne n’est pas l’américaine et les frémissements observés sur le front de la productivité des entreprises aura du mal à se développer en l’absence d’approfondissement de la reprise conjoncturelle, laquelle requiert le maintien de conditions accommodantes que le mix de politique économique monétaire et budgétaire en perspective risque fort de confisquer de manière trop précoce.

Date de rédaction : 29 août 2026

Véronique Riches-Flores - économiste

À propos de Véronique Riches-Florès, auteur de cet article

Économiste, diplômée de l’Université de Paris I, V. Riches-Florès dirige la société de recherche indépendante RICHESFLORES RESEARCH depuis 2012, après une expérience professionnelle dans le milieu académique Observatoire français des conjonctures économiques , et dans la banque d’Investissement, (Société Générale Corporate & Investment Banking). Spécialiste de l’économie mondiale et des marchés de capitaux, elle réalise des diagnostics et prévisions s’appuyant sur une double approche à la fois conjoncturelle et structurelle.