Coupole architecturale aux tons dorés, utilisée comme visuel décoratif du Conservateur pour accompagner l’article « K. Warsh, une reprise en main radicale ? ».

K. Warsh une reprise en main radicale ?

Publié le 01 juillet 2026

Auteur

Véronique Riches-Florès

Économiste

  1. Un désengagement des investisseurs étrangers à l’égard des actifs en dollar, au premier rang desquels les titres de la dette du Trésor ;
  2. Une envolée des métaux précieux, l’or en tête, dont on redécouvrait le statut de valeur refuge ;
  3. Des primes de risques enflées, avec pour contrepartie un renchérissement des conditions de financement, sur la formation desquelles la Fed semblait avoir perdu la main en dépit d’un bilan proche de ses records historiques, très largement constitué de ces mêmes titres.

À l’été 2025, quand D. Trump brandissait encore sa volonté de voir conclure un « accord de Mar a Lago » destiné à orchestrer une baisse du dollar d’ampleur possiblement comparable à celle de l’accord du Plaza de 1985, c’est la menace d’une crise monétaire internationale qu’associaient la plupart des observateurs à la perspective d’un changement de présidence de la Fed, attendu à partir du printemps 2026.

La menace ne s’est pas produite et semble avoir disparu des radars

Après s’être effondré de plus de 10 % au cours des six premiers mois de l’année dernière, le taux de change du dollar s’est stabilisé, avant de se reprendre cette année.

Sources : RichesFLores Research, Macrobond

L’annonce de ce choix par le président D. Trump, le 31 janvier, a provoqué un mini séisme sur les marchés financiers, qui ont marqué ce retour de la confiance par une chute historique des cours de l’or et de l’argent, après leur ascension vertigineuse des mois précédents.

Graphique linéaire comparant le cours de l’or et de l’argent, en dollars l’once, entre début 2025 et mi-2026. Les deux métaux progressent fortement en 2025, avec une accélération marquée à partir de l’automne. Ils atteignent un pic au début de 2026, après l’annotation « K Warsh choisi par D. Trump pour la tête de la Fed », puis reculent progressivement au cours des mois suivants.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

Nul n’imaginait, pourtant, à ce moment, que K. Warsh se montrerait plus royaliste que le roi. Le candidat avait jusqu’alors défendu la nécessité d’abaisser les taux directeurs pour contrer les effets dépressifs de l’IA sur le marché de l’emploi. Tel n’est pas, cependant, ce qui est ressorti de sa première conférence de presse le 17 juin.

Entre ses dernières prises de parole avant sa prise effective de fonction à la tête de la Fed et ce premier FOMC, le conflit en Iran avait passablement changé le contexte inflationniste américain. Avec une inflation de retour au-dessus de 3 %, difficile pour le nouveau président de la Fed de faire abstraction de cette situation sans prendre le risque de perdre dès le début de son mandat en crédibilité, alors que les taux à 30 ans flirtaient déjà leur niveau de vingt ans plus tôt dans la région de 5 %.

Graphique linéaire montrant l’évolution du rendement des T-Bonds américains à 30 ans, en %, de 2006 à 2026. Le rendement fluctue fortement : il se situe autour de 4 à 5 % avant 2010, recule progressivement jusqu’à un point bas proche de 1 % en 2020, puis remonte nettement à partir de 2022 pour atteindre environ 5 % en 2026.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

Le président de la Fed poursuivra-t-il sur la voie sur laquelle il semble s’être engagé, quitte à fâcher D. Trump ?

Bien des raisons le laissent penser.

1 – La première est que sa posture paye déjà, en témoigne le retrait des primes de risque et le tassement consécutif des taux à long terme que de ce regain de confiance autorise.

Graphique linéaire montrant l’évolution du taux des T-Notes américaines à 10 ans et de la prime de terme entre 2024 et 2025. Le taux à 10 ans fluctue autour de 4 % à 4,5 %, tandis que le taux hors prime de terme baisse progressivement. La zone verte représente la prime de terme estimée par la Fed de New York, qui augmente en 2024 puis reste positive avant de reculer légèrement en fin de période.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

2 – La deuxième est liée au constat d’une inflation élevée, que les seuls effets de la hausse des prix de l’énergie n’expliquent pas. La croissance économique a regagné en vigueur, sous l’effet du boom des investissements nécessaires au déploiement de l’IA et à l’augmentation des dépenses pour la défense. Le marché de l’emploi résiste, de son côté, plutôt mieux que l’année dernière, porté par les effets de la réforme fiscale et, temporairement, par ceux de la Coupe du Monde de football et des festivités du 250ème anniversaire de l’indépendance et des 80 ans du président D. Trump. Or, les pénuries d’emplois restent intenses, à même d’alimenter des tensions salariales persistantes dès lors que, même l’arrêt des créations d’emplois du second semestre de l’an dernier, n’a pas suffi à en infléchir la croissance des salaires à un niveau inférieur à 3,5 % l’an.

3 – Enfin et surtout K. Warsh croit en l’essor de la productivité liée à celui de l’IA, ce qui, du point de vue monétaire ne peut être interprété autrement que comme l’indication de taux d’intérêt d’équilibre plus élevés -en référence directe au taux d’intérêt d’équilibre de long terme, le fameux r*, principalement déterminé par l’évolution de la productivité… C’est sur ce dernier point qu’il a clôturé sa première conférence de presse post-FOMC et c’est sans doute là son message le plus important.

Graphique linéaire montrant l’évolution de la productivité horaire aux États-Unis, en TCAM %, de 1960 à 2026. Deux courbes sont présentées : une moyenne lissée sur 10 ans et une moyenne lissée sur 3 ans. La productivité fluctue fortement sur 3 ans, avec plusieurs pics et creux, tandis que la tendance sur 10 ans baisse progressivement jusqu’aux années 2010 avant de remonter légèrement à partir de 2020.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

C’est le prix de cette crédibilité retrouvée que payent les cours de l’or dont l’ascension reposait sur la baisse anticipée des taux réels et sur un dollar structurellement affaibli par la défiance envers la Fed, hypothèses que K. Warsh a invalidées.

Graphique linéaire comparant l’indice ICE du dollar et le cours de l’or, en dollars l’once, sur les premières semaines de 2026. Le cours de l’or progresse fortement en début de période, atteint plusieurs pics autour des semaines 5 à 10, puis recule progressivement jusqu’à environ 4 100 $ l’once. À l’inverse, l’indice du dollar fluctue au début, puis augmente nettement en fin de période, dépassant 101.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

La rupture qu’inspire la posture de K. Warsh va cependant bien au-delà de ses effets de bord sur le dollar et l’or. Car c’est bien par des niveaux de taux d’intérêt plus élevés que l’indépendance retrouvée de la Fed aura, a priori, les plus larges conséquences, après quasiment un quart de siècle de posture accommodante de la politique monétaire, dont les marchés financiers ont été les principaux bénéficiaires.

Graphique linéaire comparant la croissance annuelle du PIB nominal américain et le taux des Fed Funds entre 1980 et 2026. La courbe bleue représente le PIB nominal et la courbe orange les Fed Funds. Le graphique met en évidence des périodes d’écart positif et négatif entre les deux indicateurs, avec une posture restrictive au début des années 1980 et une posture accommodante dans les années 2000. Après un fort choc autour de 2020, la croissance du PIB nominal et les Fed Funds remontent, avant de se stabiliser autour de 5 % en fin de période.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

Reprise en main généralisée des banques centrales

Un tel changement à la tête de la plus grande institution monétaire au monde modifierait radicalement les perspectives internationales de coût du capital, avec des incidences très concrètes sur l’évolution des conditions de financement des États et des entreprises à l’échelle mondiale.

S’il se confirme, le changement de posture imposé par K. Warsh à la tête de la Fed confrontera directement le développement accéléré des politiques keynésiennes auquel la détérioration des conditions économiques et géopolitiques internationales a conduit ces dernières années.
Car sa stratégie finira par s’imposer, le cas échéant, à l’échelle internationale, ne serait-ce que par le seul jeu des interférences qu’elle aura sur les marchés des changes et les flux de capitaux internationaux.
Ceux, nombreux, qui ont considéré que la BCE avait fait un faux pas en relevant ses taux directeurs au mois de juin, n’avaient pas, ou mal, intégré ce possible revirement de la politique de la Fed, qui pourrait, tout au contraire, conforter l’Institution européenne dans sa stratégie. Rien ne suggère, en effet, que face aux niveaux d’inflation en présence, la BCE ou la Fed aient de bonnes raisons de privilégier le maintien de taux réels négatifs, en l’occurrence sensiblement plus bas qu’ils ne l’étaient avant le conflit en Iran.

Graphique linéaire comparant les taux d’intérêt réels ex-post aux États-Unis et en zone euro entre 2025 et début 2026. Les courbes montrent les taux réels à 10 ans américains et allemands, ainsi que les taux directeurs réels des Fed Funds et du repo de la BCE. Globalement, les taux réels baissent sur la période, avec une chute plus marquée en fin de graphique, notamment pour le repo de la BCE et les Fed Funds, qui passent en territoire négatif.
Sources : RichesFLores Research, Macrobond

Date de rédaction : 30 juin 2026

Véronique Riches-Flores - économiste

À propos de Véronique Riches-Florès, auteur de cet article

Économiste, diplômée de l’Université de Paris I, V. Riches-Florès dirige la société de recherche indépendante RICHESFLORES RESEARCH depuis 2012, après une expérience professionnelle dans le milieu académique Observatoire français des conjonctures économiques , et dans la banque d’Investissement, (Société Générale Corporate & Investment Banking). Spécialiste de l’économie mondiale et des marchés de capitaux, elle réalise des diagnostics et prévisions s’appuyant sur une double approche à la fois conjoncturelle et structurelle.