Kevin Warsh, bientôt aux commandes de la Fed : un périple déjà compliqué avant même ses débuts
Publié le 11 mars 2026
Auteur
Véronique Riches-Florès
Économiste
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C’était quasiment acquis, le prochain président de la FED orchestrerait une baisse des taux directeurs, sans tarder après sa prise de fonction à partir du mois de mai, conformément aux souhaits de D. Trump qui l’aurait choisi. K. Warsh, candidat désigné le 30 janvier, ne dérogerait pas à ces attentes. Il avait ouvertement critiqué la rigidité de la Fed ces derniers temps et ses marges seraient d’autant plus significatives que cet ancien gouverneur de la Reserve Fédérale s’est clairement positionné en faveur d’une réduction du bilan de la Fed de plusieurs milliers de milliards dont les effets restrictifs nécessiteraient compensation.
K. Warsh est un critique de longue date de l’expansion du bilan de la Fed qu’il considère comme le reflet d’une emprise excessive de la politique monétaire sur l’économie et les marchés. En 2011, son désaccord avec la deuxième jambe de mesures quantitatives alors décidée l’avait poussé à démissionner de son poste de gouverneur de l’institution. Il accuse les différents QE d’avoir gonflé les prix d’actifs et les inégalités sans vraiment soutenir les PME et reproche à la Fed d’avoir transformé des outils d’urgence en régime quasi-permanent, brouillant la frontière entre la politique monétaire et budgétaire, en autorisant à cette dernière un laxisme nocif.
L’annonce du choix de ce candidat par D. Trump a, de fait, rassuré les observateurs. Non seulement, K. Warsh promettait l’assouplissement monétaire espéré mais sa rigueur en matière de pratiques bilantielles semblait à même de restaurer la confiance dans le dollar, à l’égard duquel la défiance avait poussé les investisseurs vers des valeurs refuges, tels que l’or et les autres précieux dont les cours s’étaient envolés avec le retour de D. Trump au pouvoir. À l’annonce de son choix, le président américain a déclenché le 30 janvier une chute exceptionnelle des cours de l’or et de l’argent et le début d’une réappréciation du dollar. Qu’en sera-t-il ?
Source : RichesFlores Research, Macrobond
K. Warsh aura-t-il les mains aussi libres que prévu ?
Réduire le bilan de la Fed n’est pas une mince affaire et les diverses tentatives en la matière n’ont jamais duré très longtemps sans créer des tensions ou dérèglements tels qu’elles ont été interrompues. D’un peu plus de 20 % du PIB américain à la fin de l’année dernière, contre 35 % début 2022, son niveau a surtout été réduit par le gonflement du PIB nominal consécutif à l’inflation des années post-covid qu’il ne l’a été en masse et reste quatre fois plus important en proportion du PIB américain que ce n’était le cas avant la crise financière de 2008.
Source : RichesFlores Research, Macrobond
En outre, en décembre, la Fed a dû mettre en place de nouvelles mesures pour prévenir les tensions naissantes sur les marchés monétaires. Ces interventions qualifiées de « techniques », sans comparaison avec ce qui avait été pratiqué par le passé, n’en ont pas moins, à nouveau, augmenté des actifs détenus par la Fed, plutôt que l’inverse ces trois derniers mois.
Source : RichesFlores Research, Macrobond
Renouer avec un resserrement quantitatif pourrait être d’autant plus difficile à mettre en œuvre aujourd’hui que les besoins de financement du Trésor américain, de 2.000 à 2.200 milliards de dollars, n’ont jamais été aussi importants que ceux envisagés pour cette année et que les investisseurs, étrangers comme domestiques, n’ont pas un gros appétit pour les obligations souveraines, face à l’envolée persistante de la dette fédérale. Ces derniers mois, plusieurs entreprises ont de fait réussi à lever des fonds à des taux inférieurs à ceux du secteur public… Le diagnostic sur ce front ne va guère dans le bon sens, en effet.
Les recettes escomptées de la politique des droits de douanes sont, non seulement très éloignées des attentes, de l’ordre de 300 milliards contre 900 envisagés, mais devront être remboursées pour une large partie, après avoir été jugées illégales par la Cour suprême américaine. Or l’administration a déjà annoncé ne pas avoir les moyens de procéder à ces remboursements dans les temps impartis.
Les baisses de dépenses publiques, à bien des égards insupportables pour la population, ne sont pas non plus au rendez-vous.
Enfin et surtout, les opérations menées en Iran coûtent cher et pourraient engager l’administration sur la voie de dépenses militaires considérablement plus élevées que prévu.
Alors que le Big and Beautiful Budget Act, de juillet 2025, particulièrement coûteux pour l’État fédéral, entre en vigueur cette année, les conditions de bouclage financier pourraient se révéler bien peu compatibles avec un désengagement de la Fed, sans parler des risques financiers susceptibles d’envenimer la situation en présence, qui pourraient nécessiter son intervention, sur le marché du crédit en particulier… Le conflit iranien a ravivé les tensions sur les taux de financement que la baisse de l’inflation avait fini par réduire courant février et les primes de risques ont plus de chances de continuer à enfler que l’inverse face aux risques d’inflation qu’entraine la flambée des cours du pétrole.
Source : RichesFlores Research, Macrobond
De telles circonstances risquent de réduire considérablement les marges de manœuvre du futur président de la Fed, tant en ce qui concerne ses préférences en matière bilantielles qu’en termes de baisses des taux directeurs, malgré les enjeux que représente aujourd’hui la charge de la dette publique…
Source : RichesFlores Research, Macrobond
Baisses des taux, vraiment ?
À ce stade du conflit en Iran, la flambée des cours du pétrole a, effectivement, décalé dans le temps les attentes de baisses de taux directeurs du printemps à la faveur d’anticipations prudentes de possibles actions à partir de l’automne.
Source : RichesFlores Research, Macrobond
Le choc inflationniste que provoquera, au moins temporairement, la hausse des cours du brut pourrait encore, sérieusement, modifier la donne à en juger par l’importance des prix de l’énergie dans les tendances de l’inflation, notamment si la réforme fiscale produit ses effets positifs escomptés sur la croissance et que la demande résiste au choc de prix. Une telle configuration contraindrait probablement la Fed à envisager de possibles hausses de ses taux directeurs plutôt que l’inverse.
Source : RichesFlores Research, Macrobond
Le plus probable, au moment de l’enlisement de ce conflit qui a poussé les cours du pétrole au-delà des 100 dollars le baril, n’est cependant pas ce dernier scénario mais celui d’une possible récession que pourrait provoquer sans tarder le maintien des prix du pétrole autour de leurs niveaux présents. La Fed de K. Warsh y répondrait-elle avec un meilleur timing que celle de son prédécesseur tant critiqué ? L’histoire le dira, le cas échéant. Mais on l’aura compris, la visibilité sur les développements monétaires à venir est pour le moins limitée et le mandat de K. Warsh à la tête de la Fed risque d’être une épopée, sur tous les fronts, bien moins aisée que celle qu’il avait envisagée, avec des conséquences en l’état, imprévisibles sur la scène internationale.
Date de rédaction : 10 Mars 2026
À propos de Véronique Riches-Florès, auteur de cet article
Économiste, diplômée de l’Université de Paris I, V. Riches-Florès dirige la société de recherche indépendante RICHESFLORES RESEARCH depuis 2012, après une expérience professionnelle dans le milieu académique –Observatoire français des conjonctures économiques –, et dans la banque d’Investissement, (Société Générale Corporate & Investment Banking). Spécialiste de l’économie mondiale et des marchés de capitaux, elle réalise des diagnostics et prévisions s’appuyant sur une double approche à la fois conjoncturelle et structurelle.
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