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La zone euro a retrouvé des couleurs. Après être tombé au troisième trimestre 2018 à son plus bas niveau depuis début 2013, soit 0,1%, le PIB de l’union monétaire a progressé de 0,2% entre octobre et décembre, puis de 0,4% entre janvier et mars, d’après la première estimation de l’institut Eurostat.

Cette récente accé­lération est supérieure de 0,1 point de pourcentage aux anticipations des économistes.

L’Europe du Sud en renfort

Le regain de dynamisme de l’Europe du Sud explique principalement cette embellie surprise. L’Italie est sortie de la ­ré­cession «technique» (deux tri­mestres consécutifs de contraction du PIB) grâce à une croissance de 0,2% sur les trois premiers mois de l’année, après -0,1% aux troisième et quatrième trimestres. Une analyse du Crédit Agricole impute en partie le rebond de la troisième économie de la zone euro à «une contribution positive de la demande extérieure».

Pour sa part, la croissance de l’Espagne a une nouvelle fois dépassé celle de la zone euro, atteignant 0,7% (contre 0,6% au quatrième trimestre). La construction (+1,8%) et l’industrie (+1,4%) ont particulièrement soutenu l’activité, alors que la hausse d’environ 22% du salaire minimum depuis le 1er janvier a dopé la consommation des ménages.

L’Allemagne redémarre

Le moteur allemand a aussi redémarré. Le PIB trimestriel du pays ne sera dévoilé que le 15 mai, mais les économistes tablent sur un rebond de 0,3%, après un recul de 0,2% au troisième trimestre, puis une stagnation au quatrième. Les déboires de l’industrie automobile et les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine devraient toutefois toujours avoir un impact négatif sur les exportations de l’Allemagne. Ces facteurs ont déjà poussé le gouvernement à diviser par deux sa prévision de hausse du PIB en 2019, à 0,5%.

Pas de surprise en revanche pour la France : l’économie hexagonale a crû de 0,3%, au même rythme qu’en fin d’année dernière. La consommation des ménages est repartie à la hausse (+0,4%), soutenue par des gains de pouvoir d’achat liés aux «mesures Gilets jau­nes» (primes exceptionnelles, annulation de la hausse de la CSG pour certains retraités…).

Risques politiques

Malgré ce bon début d’année, la croissance de la zone euro pourrait ralentir dès le deuxième trimestre. Parmi les indicateurs conjoncturels avancés, le PMI Composite, indicateur d’IHS Markit reflétant l’activité du secteur privé, est passé de 51,6 à 51,5 points entre mars et avril. Dans le secteur manufacturier, il a rebondi de 0,4 point le mois dernier, à 48,6.

Mais il reste sous le seuil séparant l’expansion et la contraction de l’économie (50). Le PMI des services a, lui, fléchi à 52,8 points (-0,5). Si aucune récession n’est attendue à court terme, le FMI estime que le PIB de l’union monétaire ne croîtra que de 1,3% en 2019, contre de 1,8% l’an passé.

Les incertitudes sur le Brexit, repoussé pour l’instant au 31 octobre, la possible percée des partis populistes aux élections européennes, ou encore les tensions géopolitiques globales pourraient en effet peser sur l’économie européenne ces prochains mois. Heureusement, la décision de la BCE de repousser au moins jusqu’à 2020 toute éventuelle hausse de ses taux directeurs lui apporte un bol d’air bienvenu.