19 novembre 2020
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Photo Valérie Plagnol

 

Valérie Plagnol
Économiste, Membre du Haut Conseil des Finances Publiques

Économiste et consultante indépendante, Valérie Plagnol a été Directeur des Études Économiques pour d’importants établissements financiers en France et à l’étranger. Nommée par le Président du Sénat, elle a intégré en 2015 le Haut Conseil des Finances Publiques, présidé par le Premier Président de la Cour des Comptes. Elle est conseiller économique pour le Groupe Le Conservateur.

 

 

 

 

A l’approche de l’hiver, l’amplification de la vague pandémique a touché l’Europe et le continent nord et sud-américain avec brutalité.

Aux Etats-Unis, deux bonnes nouvelles ont enflammé les places boursières, rebattant les cartes des performances sectorielles : l’élection du ticket Biden/Harris, puis l’annonce des progrès du laboratoire Pfizer – et d’autres après lui – dans ses essais de mise au point d’un vaccin contre la Covid-19. Pourtant, il faudra encore patienter : le Président-élu Joe Biden ne prendra ses fonctions que le 20 janvier prochain et la période de transition qui s’ouvre s’annonce difficile, sinon chaotique ; de même, malgré son taux de réussite, la perspective d’une immunisation suffisamment large de la population prendra encore de nombreux mois.

Le temps des promesses et de l’espoir

Aux Etats-Unis, les marchés ont salué l’élection du ticket Démocrate Biden/Harris désormais acquise. L’annonce par le laboratoire Pfizer – suivi du laboratoire Moderna – d’un vaccin efficace à 90 % les a enflammés. S’agit-il de faux espoirs et de vaines promesses ? Pas tout à fait, mais il convient cependant de mesurer la portée de ces annonces.

La course à la présidentielle américaine a été un modèle de démocratie, du fait d’un taux de participation très élevé et de la régularité des comptages – les ratés (volontaires ou non) n’étant pas de nature à remettre en cause le résultat final. Pourtant, ce ne fut pas la « vague bleue » prédite par les sondages. De ce constat, plusieurs remarques s’imposent :

  • Au vu de la réaction du Président Trump, beaucoup redoutent une transition difficile des Administrations, pour ne pas dire hostile et chaotique. Cependant, l’expérience du Président-élu et son « attractivité » jouent en sa faveur : il sera certainement en mesure de constituer rapidement ses équipes à la Maison Blanche, et au-delà, recruter une Administration en ordre de marché dès son investiture. Rappelons que l’Administration Trump manquait terriblement de bras.

 

  • Les marchés ont salué l’immobilisme politique. En effet, le Parti Républicain pourrait bien conserver la majorité au Sénat. Pour eux, c’est la promesse de voir repoussées les mesures économiques jugées trop radicales. Mais n’oublions pas que Joe Biden est un Sénateur chevronné et qu’il connait bien son « adversaire », le Chef de la majorité Républicaine au Sénat, Mitch McConnell, réélu triomphalement. Au regard de l’urgence économique et sanitaire, il n’est pas impossible que le président Biden parvienne à un compromis budgétaire satisfaisant. Il n’est pas impossible non plus qu’au vu du creusement des déficits, la Maison Blanche obtienne quelques hausses d’impôts sur les sociétés et les tranches les plus élevées des revenus.

 

  • Sur le plan extérieur, l’Europe attend plus de ce nouveau mandat que la Chine ou le Royaume-Uni. Le « découplage » entre les Etats-Unis et la Chine pourrait bien se poursuivre. Il est même possible que les relations se tendent encore au regard de l’affirmation des principes de défense des libertés démocratiques. La Chine a profité du vide géostratégique provoqué par le temps de l’élection américaine, pour marquer d’importantes avancées, tant sur le plan militaire – présence en Mer de Chine – que diplomatique – conclusion d’un « Partenariat Economique Régional », englobant les pays membres de l’ASEAN, le Japon, la Corée du Sud, l’Australie et la Nouvelle- Zélande. Le nouveau Président américain semble en revanche plus proche de l’Union Européenne, dont les membres se sont félicité de son élection. Le Royaume-Uni pourrait bien subir une pression accrue pour trouver un accord avec ses partenaires du continent, en vue de préserver les accords du Vendredi Saint, une condition devenue sine qua non pour la signature d’un accord avec les Etats-Unis.

 

Sur le plan médical, la course aux vaccins est bien lancée et certains pays préparent déjà les infrastructures leur permettant de procéder à des campagnes massives de vaccination. Mais ici aussi, le temps du soulagement n’est pas encore venu : selon les experts, en incluant une immunité naturelle de l’ordre de 15 à 20 % de la population, il faudra vacciner au moins 50 à 60 % des personnes pour assurer une l’immunité générale. Pour les Etats-Unis et l’Europe, un tel résultat ne sera acquis qu’au cours de l’été 2021. Pour les économies émergentes, il faudra attendre plus longtemps, ce qui laisse présager de la persistance de mesures sanitaires restrictives pour plusieurs mois encore, au mieux.

 

Cependant, même si le déploiement des vaccins demande un effort collectif et coordonné au niveau mondial, sa mise à disposition prochaine redonne espoir à tous.

 

Article rédigé le 16 novembre 2020 par Valérie Plagnol, Économiste et Membre du Haut Conseil des Finances Publiques