10 mars 2021
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Photo Valérie Plagnol

 

Valérie Plagnol
Économiste, ancienne membre du Haut Conseil des Finances Publiques

Économiste et consultante indépendante, Valérie Plagnol a été Directeur des Études Économiques pour d’importants établissements financiers en France et à l’étranger. Nommée par le Président du Sénat, de 2015 à 2020 elle a intégré le Haut Conseil des Finances Publiques, présidé par le Premier Président de la Cour des Comptes. Elle est conseiller économique pour le Groupe Le Conservateur.

 « Sans l’Italie, il n’y a pas d’Europe. Mais hors de l’Europe, il y a moins d’Italie. Il n’y a pas de souveraineté dans la solitude ».
Mario Draghi (discours au Parlement février 2021)

 

Italie : contribution à la croissance du PIB

Une Italie impactée…

Durement affectée par la pandémie, l’économie italienne a davantage souffert de la crise de la Covid-19 que la moyenne de l’Union européenne (-6,4 %), juste derrière la France mais un peu moins que l’Espagne ou le Royaume-Uni (dont les PIB ont reculé de plus de 10 %). Ainsi, l’institut italien de la statistique (Istat) estime à -8,9 % la contraction du PIB du pays en 2020.

Connaissant déjà depuis de nombreuses années une croissance potentielle en quasi-stagnation, l’Italie subit le poids grandissant de sa dette publique qui devrait atteindre 160 % du PIB en 2020, et qui suscite la méfiance constante des marchés, contenue seulement par les interventions de la Banque Centrale Européenne, et ce depuis la crise de 2012. La crise de la Covid-19 a mis à bas les efforts du pays pour stabiliser sa dette (graphique ci-dessous).

 

Italie : dette et déficit publics

… mais résiliente

Pourtant l’Italie ne manque pas d’atouts. 8e économie du monde et 3e de l’Union européenne, le pays dispose d’un tissu industriel plus dense que celui de la France, mais souvent très éparpillé et constitué de petites entreprises.  En 2019, la valeur ajoutée de l’industrie représentait 21,4 % du PIB contre 17,1 % à l’industrie française. Malgré une chute de 11,4 % de la production industrielle en 2020 selon l’Istat, la récession a été contenue par la résilience de l’industrie. En effet, la production a moins reculé que le PIB (-4,6 % de novembre 2019 à novembre 2020) ainsi que les commandes qui ont connu une forte hausse (+5,3 % sur la même période). De plus, l’optimisme est de mise en ce début d’année. L’indice de confiance des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier est passé de 52,8 en décembre 2020 à 55,1 en janvier 2021.

Le retour de « super Mario »

Autre facteur encourageant non négligeable est l’élection de Mario Draghi à la tête du gouvernement italien – l’ancien patron de la BCE -,  unanimement saluée en Italie et à l’étranger comme la promesse de voir le pays sortir du marasme politique dans lequel les précédentes coalitions menaçaient de l’enfoncer.  La tâche principale du nouveau Président du Conseil sera de présenter un plan de réformes économiques assez crédible et conforme aux engagements du pays à l’égard de l’UE, pour voir débloquer les 200 milliards d’euros qui lui sont promis au titre du plan de relance décidé par l’Union en juin dernier. L’Italie est en effet le premier bénéficiaire de cette aide.

L’Italie fait partie des pays de l’UE dont la croissance est la plus faible. En 2019, sa croissance est de seulement 0,3 %, contre 1,8 % sur la même année en France. Ceci est principalement l’effet de problèmes structurels : vieillissement de la population, absence chronique de croissance, faible productivité et concurrence intérieure insuffisante qui tend à protéger les entreprises non performantes. La croissance de la productivité italienne a été quasiment nulle ces 10 dernières années, s’établissant à un maigre 0,1 % en 2019. Le FMI souligne par ailleurs que les salaires continuent de progresser, réduisant les capacités d’investissement des entreprises et entretenant un niveau élevé de chômage. Une évolution positive de la productivité passe par un important investissement permettant d’incorporer du progrès technique dans le capital physique et un haut niveau de formation garantissant la performance du capital humain.  Voilà pourquoi le plan devra être conçu sur les axes des réformes de l’Administration et de la fiscalité, de l’amélioration des dispositifs de formation professionnelle et de la promotion de la transformation numérique.

Qualifié peut-être un peu trop vite de technocrate, Mario Draghi a constitué un gouvernement d’union nationale regroupant, aux postes clé, des « techniciens » chevronnés, tout en réservant des sièges aux représentants des partis dont les soutiens lui sont nécessaires. Les circonstances intérieures comme le contexte européen et international lui sont plutôt favorables, alors que l’alliance de populistes MI5/Lega s’est littéralement dissoute dans la crise et que d’autres forces politiques se sont ralliées à son gouvernement. Le temps lui est néanmoins compté : les prochaines élections législatives se tiendront en 2023. D’ici là – en 2022 – le Parlement devra élire le Président de la République. La reconduction à son poste du Président Mattarella serait à coup sûr un vote de confiance à l’égard de Mario Draghi.

 

Alors qu’Angela Merkel s’apprête à quitter le pouvoir en septembre prochain et qu’Emmanuel Macron va être accaparé par la campagne présidentielle, Mario Draghi se trouvera le seul chef d’Etat européen dont l’influence pourrait dépasser le cadre strict de ses frontières.

 

Article rédigé le 4 mars 2021 par Valérie Plagnol, Économiste