10 mars 2021
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Photo Valérie Plagnol

 

Valérie Plagnol
Économiste, ancienne membre du Haut Conseil des Finances Publiques

Économiste et consultante indépendante, Valérie Plagnol a été Directeur des Études Économiques pour d’importants établissements financiers en France et à l’étranger. Nommée par le Président du Sénat, de 2015 à 2020 elle a intégré le Haut Conseil des Finances Publiques, présidé par le Premier Président de la Cour des Comptes. Elle est conseiller économique pour le Groupe Le Conservateur.

Une récession historique et pourtant…

En France, le choc de la pandémie a été rude, et malgré les mesures budgétaires d’importance, la contraction de l’activité reflète la sévérité de sa mise à l’arrêt, comme le poids particulièrement important des secteurs les plus touchés (aéronautique, transport, tourisme, services). Ainsi, son PIB s’est contracté de 8,3  % en 2020, et se retrouve 5 points au-dessous de son niveau de 2019.

France : contribution à la croissance du PIB

Après un rebond de la croissance au troisième trimestre qui a suivi la levée du confinement du printemps, le PIB a de nouveau reculé en fin d’année, passant de +18,5  % en T3 (par rapport au trimestre précédent) à -1,3  % en T4 2020, du fait du second confinement ainsi que la mise en place du couvre-feu à partir de novembre. Cependant, le recul de l’activité s’est avéré moins marqué, et même en rebond dès le mois de décembre.

Deux facteurs sont à l’origine de la baisse du PIB au quatrième trimestre :

  • Le repli des dépenses de consommation des ménages a été la principale cause de la baisse du PIB en fin d’année 2020, suite à la fermeture de nombreux commerces. La consommation finale a reculé de 5,4  % en glissement trimestriel. A la baisse de la fréquentation des commerces, on peut ajouter la réduction des consommations de carburant dues aux limitations de déplacements.
  • La production totale n’a baissé que de 0,7 % au 4e tandis que, sans surprise, les services marchands se replient (-2,2  % après +15,6  % au troisième trimestre), la production de biens manufacturiers continue à progresser (+2,3  % après +19  % au troisième trimestre). Ainsi, l’évolution de la production par branche est à l’image de l’impact hétérogène de l’épidémie sur les secteurs.

Le commerce à la rescousse

La chute du PIB a été limitée grâce au commerce extérieur et à l’investissement :

  • Le commerce extérieur se redresse peu à peu grâce aux exportations (+4,8 % en T4 2020) qui augmentent plus que vite que les importations (+1,3  % en T4 2020). Ceci s’explique par les exportations des secteurs porteurs en France (matériels de transport, pharmacie) qui poursuivent leur hausse, bien que le tourisme international soit quasiment à l’arrêt – ce dernier représentant 8,5  % du PIB. Les recettes touristiques ont chuté de près de 25 milliards d’euros sur un an.  Sur l’ensemble de l’année, le bilan reste très dégradé : au 4e trimestre, les exportations ont reculé de 11  % en glissement annuel, les importations baissent de seulement 8,1  % sur la même période. Le déficit extérieur se creuse à 53 milliards d’euros en 2020 contre 16 milliards en 2019.

 

  • Plus encourageant, l’investissement total a moins souffert du deuxième confinement et continue sa progression, bien qu’à un rythme plus modéré (+2,4 % après +24 % au cours de l’été). La reprise des transactions immobilières a largement contribué à ces rebonds. Sur l’ensemble de l’année, l’investissement des entreprises est en repli de près de 5 % par rapport à l’an passé, avec des à-coups marqués entre chaque trimestre.

 

Mais c’est la hausse du taux de chômage au sortir du confinement qui reste la préoccupation majeure des autorités. En effet, la France a perdu environ 300 000 emplois en 2020. Néanmoins, la Banque de France reste assez optimiste et table sur un rebond de l’activité de plus de 5 % pour l’ensemble de l’année, même si elle s’attend encore à un repli de l’activité sur les deux premiers mois de l’année 2021.

L’épargne des ménages, bas de laine stérile ou promesse de reprise ?

La Banque de France estime à près de 130 milliards d’euros le surplus d’épargne accumulé en 2020 du fait de la crise. 70 milliards de plus pourraient s’ajouter en 2021. Comme nous l’avions évoqué dans la lettre précédente, cette épargne forcée a été en grande partie dépensée à la sortie du confinement, contribuant pour plus de 10 % aux 18 % de rebond de l’activité au cours de l’été. De même, en décembre, les dépenses des ménages ont rebondi grâce à la levée de nombre de restrictions avant les fêtes de fin d’année. Sans aucun doute, et dès qu’ils en ont la possibilité, les ménages puisent dans leur épargne pour consommer.

Cependant, le taux d’épargne des ménages est encore supérieur à son niveau d’avant-crise. Ce surplus accumulé attise les « convoitises ». D’une part du fait de l’augmentation de la dette publique et la volonté de mobiliser les financements en direction de la relance, d’autre part, du fait de la répartition inégale de cette épargne dans la population.

En effet, le tiers le plus aisé de la population a pu épargner près de 70 % de ces surplus. Non seulement les revenus des ménages les plus aisés ont été les mieux préservés par les mesures de sauvegarde budgétaire – maintien de l’emploi, chômage partiel, retraites – mais encore leur consommation a particulièrement baissé durant le confinement, puisque la part des services y est prépondérante par rapport aux biens de première nécessité. Ainsi, comme le signale l’Insee, les revenus les plus modestes n’ont guère réduit leur consommation. L’augmentation de la dette publique qui résulte des mesures de sauvegarde et cette inégalité de répartition a fait naître nombre de propositions allant de la constitution d’un « Livret C », au lancement d’un grand emprunt jusqu’à la proposition d’un impôt exceptionnel. Ces mesures sont pour le moment écartées par Bercy, considérées comme inopérantes pour ne pas dire contreproductives.

Même stabilisée, la fiscalité française est la plus élevée de l’OCDE et, pour ce qui est de l’imposition sur le revenu, repose sur une base très étroite – puisque 10 % des contribuables alimentent 70 % de l’impôt. La majorité du surplus d’épargne est actuellement « parqué » sur les comptes courants. L’attentisme prévaut en cette période d’incertitude, c’est évident. L’intention de se constituer une épargne de précaution reste vive. De même, les ménages continuent de privilégier majoritairement une épargne disponible immédiatement à l’espoir d’un rendement important. Les mesures de soutien à l’emploi mises en place par l’Etat depuis le début de la crise ont pour but de permettre de relancer la consommation et ce faisant l’activité, dès la levée des confinements. Politique keynésienne par excellence, celle-ci mérite de se poursuivre en direction des ménages les plus modestes. L’expérience commande donc plus de patience en attendant la levée des restrictions et surtout l’accélération des vaccinations pour y parvenir au plus vite.

Le « fléchage » de l’épargne reste un sujet de longue haleine qui mérite de la constance, de la clarté et de la fiabilité. L’addition d’un produit d’épargne réglementée ne ferait qu’ajouter un support de plus – et somme toute assez coûteux au regard des taux de marché – à ceux déjà existants (tel le Livret A, qui rencontre toujours la faveur du public). Il reste le choix de la diversification vers des produits d’épargne de plus long terme. Les ménages n’y sont pas insensibles. La baisse tendancielle des taux d’intérêt incite à la diversification des fonds. Cependant, celle-ci doit se faire dans le cadre d’un contrat clairement établi dans le temps.

 

La baisse continue des rendements obligataires – qui pourrait bien s’aggraver si l’inflation reparaît –, le besoin de constituer une épargne complémentaire, une fiscalité adaptée et stable, sont plus de nature à permettre de voir une partie de l’épargne rencontrer les projets d’investissement de long terme.

 

Article rédigé le 4 mars 2021 par Valérie Plagnol, Économiste