Le conservateur

Actualités Le Revenu

Zone euro : les taux en ligne de mire

Publié le 29 avril 2022

«J’en perds la voix», a répondu Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), à la rumeur qui la verrait occuper le fauteuil de Jean Castex à Matignon.

Mais les investisseurs, eux, perdent également leur voix devant la politique monétaire ultra-accommodante de la BCE, alors même que les prix s’envolent dans les dix-neuf pays de la zone euro.

Qu’on en juge : l’inflation a été estimée à 7,5% en rythme annuel, en mars, selon Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne. Pire, elle atteint 7,6% en Allemagne, 8% en Grèce, 9,3% en Belgique, 9,8% en Espagne et 11,9% aux Pays-Bas !

Message d’alerte du FMI

Or, dans le même temps, et contrairement à la Réserve fédérale américaine qui a déjà durci ses conditions financières et s’apprête de nouveau à le faire début mai, la BCE continue d’opter pour le statu quo. Lors de sa dernière réunion, elle a décidé de laisser à zéro le taux des opérations principales de refinancement, le Refi pour les intimes.

Certes, Christine Lagarde n’occulte pas les tensions inflationnistes. Depuis l’invasion de la Russie en Ukraine, «les prix de l’énergie sont aujourd’hui supérieurs de 45% à leur niveau d’il y a un an, a-t-elle précisé dans sa dernière déclaration de politique monétaire. Les prix des produits alimentaires ont aussi nettement progressé, sous l’effet d’importants coûts de transport et de production, en particulier le renchérissement des engrais, liés en partie à la guerre.» Ce qui fait peser, selon elle, des risques sur les perspectives de croissance.

Dans ses dernières prévisions, le Fonds monétaire international a ainsi révisé en baisse la croissance de la zone euro à 2,8% cette année et à 2,3% en 2023, avec un message d’alerte : «Si les banques centrales n’ont pas de prise sur de nombreuses causes de l’inflation (guerre, sanctions, pandémie, perturbation des chaînes d’approvisionnement)», il leur recommande «d’adopter une politique monétaire plus restrictive pour empêcher la formation d’une boucle prix-salaires, où la hausse des prix et l’augmentation des salaires et des anticipations d’inflation s’alimentent mutuellement».

«Les prix vont se maintenir à des niveaux historiquement élevés jusqu’à la fin de 2024», estiment d’ailleurs les experts de la Banque mondiale dans un rapport publié le 26 avril.

Et d’ajouter : «Globalement, il s’agit du plus grand choc sur les produits de base que nous ayons connu depuis les années 1970.» Dès lors, des voix s’élèvent pour que la BCE prenne le taureau par les cornes et ne se contente pas d’arrêter son programme de rachat d’actifs cet été, avec une hausse des taux à la clé, la première depuis juillet 2011.

Modus operandi précis

«Le problème de la BCE est ce que nous pourrions appeler un «quadrilemme» entre inflation, déficit budgétaire, endettement massif et dichotomies nationales : les uns poussent à une politique restrictive, les autres à une politique accommodante, et certaines combinaisons semblent insolubles», analysent les experts d’Octo Asset Management. Les investisseurs devront donc patienter «et voir quelques échéances politiques passer avant qu’elle ne se décide à calmer les marchés en choisissant un modus operandi précis».

Dans son dernier discours à la BCE, le 19 octobre 2011, avant de laisser la place à Mario Draghi, Jean-Claude Trichet n’avait pas hésité à citer Goethe pour diffuser l’idée que les situations critiques exigent des réponses immédiates : «Ce n’est pas suffisant de savoir, il faut appliquer son savoir. Ce n’est pas suffisant de vouloir, il faut agir.»