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Zone euro : décélération en vue

Publié le 01 octobre 2021

À l’orée du dernier trimestre, la zone euro aurait-elle mangé son pain blanc ? La question paraît pour le moins osée, voire saugrenue, au regard des déclarations récentes de Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne.

Dans l’Europe des Vingt-Sept, «l’économie a rebondi de 2,2% au deuxième trimestre, un niveau supérieur aux attentes, et devrait rester dynamique au troisième», selon elle, grâce notamment au succès des campagnes de vaccination qui ont permis une vaste réouverture de l’économie. Et d’ajouter : «Les dernières projections de nos services tablent sur une croissance annuelle du PIB en volume de 5% en 2021 et de 4,6% en 2022.»

Tensions sur les approvisionnements

Mais la publication, le 23 septembre, de l’indice PMI Composite dans la zone euro est venue tempérer ce bel optimisme. Selon les résultats des enquêtes réalisées auprès des directeurs d’achat par le très écouté institut IHS Markit, cet indicateur s’est en effet replié en septembre, en tombant à 56,1 (contre 59 en août), son plus bas niveau depuis cinq mois. Dit autrement, il s’agit de la plus faible expansion de l’activité depuis avril 2021.

Certes, une modération du rythme de croissance était attendue après les sommets atteints au début de l’été, en raison des difficultés d’approvisionnement, des pénuries de produits et de la hausse des coûts des intrants (la plus forte depuis vingt et un ans), mais sans doute pas à ce niveau.

Du reste, selon l’institut d’études, les perspectives à douze mois se sont également repliées pour le troisième mois consécutif et sont à leur plus bas depuis janvier. Les entreprises se disent préoccupées par l’évolution de la pandémie, notamment dans le secteur des services.

«Pour l’heure, le rythme de croissance demeure solide malgré le ralentissement observé au cours du mois de septembre, analyse Chris Williamson, économiste en chef chez IHS Markit. Mais il risque fortement de marquer le pas si les vents contraires liés aux prix et aux approvisionnements ne montrent aucun signe d’apaisement, et notamment s’ils s’accompagnent, à l’approche de l’automne, d’une montée du nombre de cas de Covid-19

Vents contraires sur les prix

L’inflation s’est d’ailleurs accélérée en août pour atteindre 3% en rythme annuel, bien au-delà de l’objectif à moyen terme de 2% de la BCE. Lors de son audition, lundi, par la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen, Christine Lagarde a estimé que le risque d’un dérapage était limité.

À ses yeux, ce regain temporaire «reflète essentiellement la forte hausse des cours du pétrole depuis le milieu de l’année dernière, la fin de la réduction temporaire de la TVA en Allemagne, le report des soldes d’été en 2020 et les tensions sur les coûts découlant des pénuries provisoires de matériaux et d’équipements», comme elle l’a précisé, le 9 septembre, dans sa déclaration de politique monétaire. À cet égard, la BCE table sur une hausse des prix de 2,2% en 2021 et de 1,7% en 2022.

«Le déploiement plus large de la vaccination en Asie réduira à terme les retards de transport induits par le Covid-19, estime Peter Vanden Houte, chef économiste d’ING Belgique, ce qui devrait régulariser les chaînes d’approvisionnement.

Avec le ralentissement en Chine, la tendance à la hausse des prix de plusieurs matières premières est également stoppée pour l’instant et le marché du gaz naturel devrait se normaliser au premier semestre 2022, donnant un coup d’arrêt aux poussées inflationnistes. Ainsi, dans l’ensemble, les perspectives globales restent acceptables, bien qu’un certain affaiblissement du rythme de croissance semble probable.»