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Un «robot» comme conseiller financier ? Les algorithmes s'imposent dans les investissements

Publié le 27 juillet 2022

Entre deux notifications envoyées par une des nombreuses applications sur un téléphone portable, un avertissement, émis automatiquement: «attention, votre investissement s’éloigne de votre cible. Voulez-vous le rééquilibrer ?»

Après la connexion, quelques clics suffisent pour modifier la répartition de son épargne, entre fonds en euro, plus sûr (composé surtout d’obligations), et fonds en actions, plus risqué: le robot-conseiller (ou «robo-advisor») s’occupe de la ré-allocation plus précise.

En juin 2021, un rapport commandé par le Parlement européen définissait le robot-conseiller comme «un logiciel exploité par un intermédiaire financier. Il est basé sur un algorithme et fourni aux clients en ligne.»

Il vise l’automatisation de la gestion financière, ce qui permet de réduire les coûts et de proposer peu de frais.

En 2022 dans le monde, plus de 1.600 milliards de dollars sont gérés par ces robots, selon une estimation du portail de statistiques Statista. Une goutte d’eau dans l’univers des marchés financiers, mais cette proportion progresse rapidement: les encours étaient de 300 milliards de dollars en 2017, et pourraient monter à 3.000 milliards d’ici 2026.

Démocratisation

Les solutions derrière le terme sont nombreuses. Cela peut être un outil numérique supplémentaire pour accompagner les clients, par exemple pour les banques: en juin, Société Générale a généralisé pour ses clients un «Coach Financier» leur proposant des «conseils en arbitrage» sur leurs investissements, via des notifications, basés sur les positions des analystes de la banque.

Dans sa forme la plus poussée, le plus souvent proposée par des acteurs 100% numérique, le robot-conseiller réalise lui-même les arbitrages et veille de lui-même à l’équilibre entre les actions et le fonds euro, en fonction d’une stratégie définie au préalable mais qu’il est possible de modifier à tout moment.

«Le conseil humain, c’est très bien mais c’est aussi cher et pas tout le monde n’y a accès», explique Marie Brière, directrice du département recherche du premier gestionnaire de fonds européens Amundi.

Dans le cadre d’une étude scientifique, qui n’est pas encore publiée, elle a mené avec Milo Bianchi, professeur de finance à la Toulouse School of Economics, une étude sur l’utilisation du robot-conseiller dans le cadre de l’épargne salariale entre 2017 et 2018, en utilisant les données d’Amundi.

Ils ont observé «une meilleure performance», de l’ordre de 2,3% par an, des placements réalisés ainsi par rapport aux salariés ne l’utilisant pas.

«Le robot est capable d’induire des changements dans le portefeuille plus importants sur les petits investisseurs, en termes de revenu et de richesse, c’est-à-dire précisément sur ceux qui sont moins susceptibles de recevoir des conseils traditionnels et de participer au marché boursier», explique l’article.

Par exemple, il les oriente davantage vers le marché actions, plus rémunérateurs que les fonds en euro.

Gestion passive

Pour les concepteurs des robots-conseillers, l’objectif est de «simplifier le processus d’investissement», tout en donnant accès au plus grand nombre de données financières, complète Guillaume Lesage, directeur des opérations d’Amundi et notamment de la branche Amundi Technologie.

Ils s’adaptent mieux à une gestion de long terme plutôt qu’à des investissements visant des gains rapides sur les marchés financiers.

Parmi les boursicoteurs particuliers qui se sont lancés dans les robots-conseillers «certains en sont revenus car la stratégie est très différente par rapport à la gestion personnelle de ses investissements. Elle est beaucoup plus passive» avec des investissements à la manière des ETF (Exchange Traded Fund), conçus pour répliquer la performance d’un indice, explique Kemo Konate, auteur d’un mémoire sur les personnes ayant retiré leur investissement des robots-conseillers.

«Les entreprises doivent être plus claires dans leurs promesses», pour éviter les déceptions, estime-t-il.

Le Revenu, avec AFP