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Travailler à la retraite : trois dispositifs à connaître

Publié le 23 novembre 2021

La retraite, c’est enfin vivre sans travailler… Une image d’Épinal de plus en plus écornée. Selon la Dress, le service statistique du ministère de la Santé et de la Solidarité, on compte près de 500.000 retraités cumulant pension de vieillesse et emploi, salarié ou non.

Depuis une dizaine d’années, grâce à des conditions de cumul emploi-retraite largement assouplies et à la possibilité de s’installer plus facilement à son compte, le nombre de ces retraités «cumulant» n’a cessé de grimper.

Les raisons sont très différentes : certains y voient la possibilité de partir en douceur tout en arrondissant leurs fins de mois (la pension moyenne en France est de 1.393 euros). Pour d’autres, c’est l’occasion de transmettre leur expertise acquise tout au long de leur carrière, à un rythme différent. Les professionnels libéraux ou chefs d’entreprise poursuivent parfois leur activité, même après avoir liquidé leurs droits à la retraite.

«Certains perçoivent la retraite à 62 ans comme un couperet et reculent l’âge de départ à la retraite. C’est un mauvais calcul. La retraite ne doit pas être perçue comme la fin de sa vie professionnelle, mais comme la possibilité de monétiser des droits acquis tout au long de sa carrière, et de continuer à travailler, si le cœur vous en dit, ou d’arrêter», explique Marilyn Vilardebo, fondatrice du cabinet Origami & Co.

Le Revenu vous présente les trois dispositifs qui permettent de combiner travail et retraite.

1 – La retraite progressive

La retraite progressive autorise les salariés ou indépendants âgés d’au moins 60 ans de lever le pied progressivement en encaissant une fraction de leur pension de retraite tout en exerçant une activité à temps partiel.

Le dispositif, même s’il s’est développé, reste encore méconnu : au total, on compte à peine 20.000 salariés profitant de la retraite progressive (dont 70% de femmes). Une faible proportion par rapport aux 500.000 «cumulant» qui s’explique, entre autres, par le fait que les salariés ne restent dans le dispositif à peine qu’un ou deux ans : généralement, ils décident de liquider définitivement leur retraite dès 62 ans (mais ce n’est pas obligatoire).

La retraite progressive est aussi assez encadrée : elle s’adresse aux salariés disposant d’au moins 150 trimestres (cotisés ou validés), tous régimes confondus. La condition : exercer une (ou plusieurs) activités à temps partiel. La durée totale de travail doit être comprise entre 40 et 80% d’un temps plein. À noter que contrairement au cumul emploi-retraite, un salarié en retraite progressive n’a pas encore liquidé ses droits et continue donc à cotiser et à engranger des droits.

Aujourd’hui, certains salariés en sont encore exclus, comme les cadres au forfait jours et les mandataires sociaux ou dirigeants de société. La situation pourrait changer dès le 1er janvier 2022 si le Parlement vote une mesure proposée par le gouvernement dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) qui prévoit l’extension de la retraite progressive à ces catégories de professionnels.

Si, à l’approche de vos 60 ans, vous êtes déjà à temps partiel (entre 14 et 28 heures par semaine dans une entreprise qui appliquent les 35 heures) et que vous avez déjà engrangé les 150 trimestres requis, penchez-vous sérieusement sur la question. «Autant en profiter!», s’exclame Pascale Gauthier de Novelvy Retraite. Dans ce cas précis -vous êtes déjà à temps partiel- vous n’avez même pas à demander l’accord de votre employeur, il en sera juste informé.

Pratiquement, il suffit de déposer une demande auprès de votre caisse de retraite et d’y joindre la copie de votre contrat à temps partiel. Vous continuerez à toucher votre salaire, et, en bonus, vous commencerez à toucher une fraction de votre retraite.

Autre profil : l’employé ou le cadre à temps plein qui attend la retraite avec impatience. Si votre entreprise souhaite rajeunir son effectif, le dispositif de retraite progressive est peut-être la solution qui vous permettra de lever le pied en douceur et qui satisfera aussi le service ressources humaines. Vous percevrez ainsi, en plus de votre salaire, une fraction des retraites (de base et complémentaire) proportionnelle à la réduction du temps de travail : 20% de votre retraite provisoire si votre temps partiel représente 80% d’un temps complet ; 30% si vous êtes à 70%, etc. Les indépendants (artisans, commerçants) et les professions libérales sont aussi éligibles.

Cerise sur le gâteau, lorsque vous cesserez définitivement de travailler, à 62 ans ou plus, votre retraite sera recalculée avec les trimestres et les points acquis pendant cette période d’activité réduite.

2 – Le cumul emploi-retraite intégral

Dès 62 ans (l’âge légal de départ à la retraite), vous pouvez être éligible au cumul emploi-retraite, si vous avez liquidé toutes vos retraites, de base et complémentaires, françaises et étrangères. Deux cas de figure : avec le taux plein (c’est-à-dire le nombre de trimestres requis selon votre année de naissance, par exemple 167 trimestres pour les personnes nées en 1961), vous pouvez prétendre au cumul «intégral».

Autrement dit, vous pouvez percevoir des revenus d’activité, à titre de salarié ou d’indépendant, sans aucune contrainte. Si vous n’avez pas atteint le taux plein, le cumul emploi-retraite sera «partiel» et plafonné (voir plus loin).

Le cumul emploi-retraite intégral vous autorise à retravailler sous n’importe quel statut : salarié, libéral, micro-entrepreneur, etc. À vous de choisir celui qui vous convient selon votre activité (lire l’encadré). Comme vous avez liquidé votre retraite, vous n’aurez rien à justifier à vos régimes de retraite. Les salariés sont autorisés à retravailler chez le même employeur, s’il est d’accord, mais il leur faudra signer un nouveau contrat de travail. Les indépendants, quant à eux, peuvent poursuivre leur activité professionnelle sans souci.

Les nouveaux revenus ne sont pas plafonnés. Seule ombre au tableau, ils sont soumis aux prélèvements obligatoires pour la retraite. Dis autrement, vous cotisez dans le vide, c’est-à-dire sans accumuler de droits…

Malgré tout, les experts retraite ne tarissent pas d’éloge sur ce dispositif de cumul emploi-retraite intégral, en particulier pour les indépendants qui veulent poursuivre leur activité professionnelle.

À l’instar de bon nombre de médecins, avocats, architectes sexagénaires, souvent au sommet de leur carrière professionnelle et qui n’ont aucune envie d’y mettre un terme même s’ils ont atteint le taux plein. Une stratégie de cumul emploi-retraite bien plus rentable que le report de la liquidation des droits qui fait définitivement perdre un certain montant de pension pour chaque année de retraite différée.

Les trois dispositifs de cumul emploi-retraite

Retraite
progressive
Cumul emploi-
retraite intégral
Cumul emploi-
retraite partiel
Âge minimum requis 60 ans 62 ans 62 ans
Durée d’assurance minimum requise 150 trimestres Taux plein requis Supérieure au taux plein
(exemple : moins de 167 trimestres
pour une personne née en 1961)
Conditions •Travailler entre
40 et 80% du temps plein
•Possibilité de continuer
au-delà de 62 ans
•Avoir liquidé tous ses régimes de retraite
•Tous les statuts
•Aucune carence
•Nouveau contrat de travail
•Avoir liquidé tous ses régimes de retraite
•Tous les statuts autorisés
•Carence de six mois
Plafond des nouveaux revenus Fraction de la retraite provisoire
plafonnée au temps de travail
non accompli (exemple :
80% travaillé = 20%
de la retraite provisoire)
Aucun plafond •Salariés : cumul salaire + retraite
de base inférieur au dernier salaire
ou à 160% du Smic
•Indépendants : revenus nets annuels
inférieurs à 2.068 euros
•Fonctionnaires : inférieurs
à un tiers de la retraite
Cotisations retraite Acquisition de nouveaux droits Sans nouveaux droits Sans nouveaux droits

3 – Le cumul emploi-retraite partiel

Si vous n’avez pas réuni, à 62 ans, les trimestres requis pour une retraite à taux plein, vous pouvez liquider votre retraite et reprendre une activité professionnelle, mais ce cumul sera limité. Les règles diffèrent selon le statut : si vous êtes salarié, l’addition de vos nouveaux revenus et des pensions que vous percevez ne doit pas dépasser la moyenne de vos anciens salaires (sur trois ou six mois).

Par exemple, si vos salaires s’élevaient en moyenne à 3.000 euros par mois et que votre pension est de 2.100 euros par mois, les nouveaux revenus seront plafonnés à 900 euros par mois. Pour les petits salaires et petites pensions, vous pouvez cumuler jusqu’à 1,6 fois le Smic (2.543 euros bruts). Si vos nouveaux revenus dépassent ces plafonds, votre pension de retraite sera rognée d’autant.

Autre contrainte importante : vous devrez respecter une carence de six mois entre votre départ à la retraite et la reprise d’une nouvelle activité professionnelle au sein du même employeur.

Pour les autres statuts, le plafond diffère: pour les fonctionnaires qui n’ont pas atteint la retraite à taux plein, les nouveaux revenus doivent se limiter à un tiers de leur pension de retraite; pour les artisans et commerçants, à la moitié du plafond annuel de la Sécurité sociale (soit 20.586 euros) sauf s’ils exercent dans une zone de revitalisation rurale (ZRR) ou une zone urbaine prioritaire (ZUP): dans ce cas, comme les professions libérales, ils pourront gagner jusqu’à 41.136 euros par an sans voir leur retraite rabotée.

Les indépendants peuvent contourner cet inconvénient en changeant de statut, en réduisant leur salaire et en se rémunérant en dividendes. Un dispositif notamment utilisé par les chefs d’entreprise qui veulent transmettre leur société à leurs enfants et continuer à les accompagner à temps partiel.


Se mettre à son compte à la retraite, quel statut choisir ?

Exercer enfin sa passion, compléter ses revenus en créant des gîtes, devenir formateur pour transmettre son savoir-faire… Quand les retraités sautent le pas pour se mettre à leur compte, quel statut choisir?

Le plus simple : l’entreprise individuelle, notamment via le régime fiscal de la microentreprise (ou autoentreprise) pour les activités commerciales de moins de 176.200 euros de chiffre d’affaires annuel ou des prestations de services (factures d’honoraires par exemple) de moins de 72.500 euros. Son intérêt? Une création pratique et des obligations comptables simplifiées.

Au-delà, on entre dans le régime réel simplifié puis à partir de 818.000 euros dans le régime réel normal. Dans tous les cas, les bénéfices sont soumis à l’impôt progressif sur le revenu.

La SARL (ou EURL), statut très répandu dans l’artisanat et le commerce, permet de devenir salarié (gérant minoritaire) ou indépendant (gérant majoritaire). Les bénéfices sont souvent soumis à l’impôt sur les sociétés tout comme ceux de la Société anonyme, adaptée à des projets d’envergure et si vous êtes plusieurs dans l’aventure.

Retraités ou non, les créateurs d’entreprise cotisent aux caisses de retraite dans les mêmes conditions.