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Placements : comment investir dans les PME via un compte titres ou une assurance vie ?

Publié le 19 octobre 2022

Face aux turbulences de la Bourse, l’investissement en direct dans le capital d’entreprises non cotées peut paraître attrayant.

Il permet de participer directement au financement d’un projet, à l’essor d’une entreprise. Au cours de la dernière décennie, les investisseurs particuliers se sont eux aussi intéressés à ce type de placement non coté, qui est plutôt pratiqué – historiquement et pour la majorité des volumes – par des investisseurs institutionnels ou professionnels.

En 2021, les fonds français spécialisés dans le capital-investissement ont levé près de 25 milliards d’euros auprès des investisseurs selon France Invest, l’association professionnelle du secteur. Ce montant est supérieur de 17 % au record précédent, établi en 2019.

Trois grandes catégories de financement privé

Mais cet univers n’est pas homogène. Il existe plusieurs types de fonds dans l’univers large du financement des PME, que l’on regroupe en général en trois grandes catégories. L’absence de liquidité et le niveau de risque en capital sont leur point commun, mais avec une évolution progressive de cette liquidité et du risque pris, selon la phase de développement de la société.

Le capital-risque vise à investir dans des entreprises en démarrage, qui n’ont pas encore fait la preuve de leur modèle économique. Il est donc très risqué si le projet de l’entreprise n’est finalement pas viable.

Phase ultérieure dans le cycle d’expansion, le capital-développement proprement dit touche des entreprises plus avancées dans leur essor, parfois déjà rentables ou promises à l’être prochainement, mais ayant encore besoin de fonds pour se développer, par exemple pour leur expansion internationale.

Dernière famille, le capital-transmission accompagne la sortie de certains actionnaires et l’entrée de nouveaux. Cela peut constituer une alternative à la cotation en Bourse. La société peut alors rester non cotée tout en passant quand même à l’échelle supérieure de son développement.

Dans le capital transmission, les investisseurs vont acheter des titres cédés par des actionnaires souhaitant sortir, auxquels s’ajouteront peut-être des titres nouveaux lors de l’augmentation de capital concommitante. La trésorerie de l’entreprise peut ainsi se renforcer. Mais on se rapproche du marché secondaire que constitue la cotation en bourse où les titres peuvent s’échanger en continu.

L’étape suivante dans ces phases de développement est constituée par l’introduction en Bourse (IPO). Il peut d’ailleurs parfois démarrer par un placement « privé » auprès d’investisseurs  professionnels, anti-chambre de l’augmentation de capital sur le marché primaire boursier par IPO.

Soutien à l’innovation

Le capital-investissement apporte du capital à des entreprises qui ne sont pas encore assez solides ou développées pour se faire coter en Bourse. Ce peut être aussi un moyen de financer l’innovation. Pour l’investisseur, c’est la promesse d’être associé au plus tôt au succès ultérieur de la société. Et de pouvoir sortir à bon prix, récompensant son investissement initial et le risque pris, lorsque la liquidité est apportée par des actionnaires professionnels qui souhaitent prendre le contrôle de l’entreprise ou lorsque celle-ci arrive par le biais de la cotation boursière en continu. Mais ce chemin est long et semé d’embûches.

Les exemples les plus frappants viennent souvent du marché américain. À l’instar de Criteo, entreprise française, devenue société cotée sur le Nasdaq, ou de groupes de la nouvelle économie devenus des vrais géants comme Google, Amazon, Facebook ou Airbnb. Avant d’accéder à la Bourse, ces sociétés ont multiplié les tours de table qui leur ont permis de se développer sur le marché national puis à l’international. Airbnb avait par exemple levé au total plus de 6 milliards de dollars sur le marché du capital investissement (private equity) avant d’être candidat à l’introduction en Bourse.

Les technologies de l’information ne sont pas les seules bénéficiaires du financement de l’innovation. L’économie de la transition énergétique s’est aussi illustrée ces dernières années dans les levées de fonds, du fait d’un besoin en infrastructures (routes, production d’énergie…) en forte augmentation.

Pour réduire à zéro les émissions de carbone à horizon 2050, en vue de limiter le réchauffement climatique, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que les investissements dans le secteur de l’électricité devraient être multipliés par trois.

Et les énergies renouvelables constituent la majeure partie de ces investissements pour la transition énergétique, souvent à travers des financements privés, car les nouveaux besoins ne sont pas toujours couverts par les programmes publics.

Les besoins d’infrastructures à financement privé dans les pays développés représenteraient plus de 100 milliards d’euros par an. Les banques ne sont plus autant présentes dans ce secteur depuis la crise financière de 2008.

Extension aux épargnants via l’assurance vie

Les durées d’immobilisation des fonds sont longues, ce qui favorise plutôt les investisseurs institutionnels pour ce type de placement. Mais les particuliers y ont, depuis quelques années, plus facilement accès, soit sur un compte titres, soit sur un contrat d’assurance vie multisupport.

S’il est toujours plus difficile d’investir soi-même en direct ou via un club d’investissement, diverses solutions en gestion collective existent en effet pour le particulier.

Sur un compte titres ordinaire, il y a d’abord les FCPI (fonds commun de placement dans l’innovation) ou les FIP (Fonds d’Investissement de Proximité) avec un avantage fiscal (réduction de 25% d’impôt sur le revenu des montants investis entre le 18 mars et le 31 décembre 2022, et de 18% entre le 1er janvier et le 17 mars 2022, dans la limite du plafond annuel de 10.000 euros des niches fiscales). Il y aussi les FCPR (fonds commun de placement à risque), sans avantage fiscal direct, a priori réservés aux professionnels, mais dont l’usage a récemment évolué pour faciliter l’accès des particuliers.

Dans tous ces cas, le placement est immobilisé sur une durée minimale de cinq ou six ans, et la sortie, le plus souvent entre la sixième et la dixième année, n’offre aucune garantie de résultat. Seul l’avantage fiscal est certain.

Autre possibilité : un fonds de placement de private equity logé dans un contrat d’assurance vie. Par exemple, Mirova du groupe Natixis propose, aux détenteurs d’un contrat d’assurance-vie multisupport de Suravenir, une unité de compte, Mirova Green Impact Private Equity. L’objectif est d’amplifier l’expansion de petites entreprises innovantes ayant un chiffre d’affaires de 3 millions à 15 millions d’euros qui ont un impact positif sur l’environnement, avec un modèle économique testé et un horizon de rentabilité dans les prochaines années.

Ardian Multi Stratégies, Axa Avenir Entrepreneurs ou Eurazeo Principal Investments font aussi partie de ces fonds de capital-investissement accessibles au grand public via l’assurance vie multisupport.

Infranity propose également une unité de compte, GF Infrastructures Durables, en partenariat avec Generali. Celle d’Eiffel Investment Group (Eiffel Infrastructures Vertes) est centrée, comme son nom l’indique, sur les infrastructures vertes.

Il est possible aussi d’investir dans des supports qui privilégient les actions de sociétés cotées dans ces secteurs (E.ON , Vinci, etc), réputés moins sensibles à la conjoncture. C’est le cas du fonds M&G Global Listed Infrastructure de M&G Investments.