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Pétrole : L’OPEP+ décide de produire moins

Publié le 14 octobre 2022

Une gifle des Saoudiens à Joe Biden. C’est ainsi que certains observateurs ont qualifié la volonté de l’OPEP et ses alliés, réunis à Vienne le 5 octobre, de réduire leur production de 2 millions de barils par jour le mois prochain.

Cette décision est en effet difficile à digérer par le président américain, qui s’était rendu à Riyad, en juillet dernier, pour évoquer ce sujet en particulier. Réhabilitant par là le prince héritier, Mohammed ben Salmane, après avoir promis de l’ostraciser deux ans auparavant. Joe Biden a donc déploré une «décision à courte vue» de l’OPEP+, qui marque la réduction la plus importante opérée par ce dernier depuis le début du Covid-19.

Dans les faits, celle-ci devrait être moindre, car certains pays – comme l’Angola et le Nigeria – ne parviennent pas aujourd’hui à atteindre leur quota. La baisse effective de la production pourrait donc se situer autour de 900 000 b/j, précise Alexandre Hezez, stratégiste du groupe Richelieu.

Une demande encore soutenue

Quoi qu’il en soit, cette décision contrarie les efforts des Occidentaux pour brider l’inflation. À commencer par l’administration américaine, confrontée à une situation difficile à l’approche des élections de mi-mandat, le 8 novembre.

Mais les intérêts de l’Occident ne sont pas ceux des producteurs de pétrole, soucieux avant tout de remplir les caisses de l’État. C’est ainsi que l’Arabie saoudite a besoin d’un baril supérieur à 90 dollars pour équilibrer son budget, indique Mabrouk Chetouane, responsable de la stratégie de marchés chez Natixis IM. En tout cas, l’annonce de l’OPEP+ a provoqué une remontée du prix du baril de plus de 10% en une semaine, le Brent s’approchant à nouveau de la barre des 100 dollars. Depuis juin dernier, il n’avait quasiment pas cessé de baisser, sous l’effet du ralentissement économique mondial.

Et ce malgré une demande encore soutenue d’un certain nombre de pays, notamment européens, obligés de compenser l’absence de gaz russe pour leur production électrique.

Par ailleurs, la situation en Chine pèse sur les cours : selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande chinoise en pétrole devrait reculer cette année (- 2,7 %) pour la première fois depuis 1990.

Des effets inflationnistes

Aujourd’hui, après la baisse des quotas de production et compte tenu du niveau historiquement bas des réserves stratégiques des États, les prix du brut devraient évoluer dans une fourchette comprise entre 90 et 100 dollars d’ici la fin de l’année, indique Alexandre Hezez. Une prévision partagée par Mabrouk Chetouane, qui ajoute que ces niveaux seront néanmoins difficiles à tenir à plus long terme dans un contexte de récession.

Sachant que pour l’heure, la remontée des cours a un effet négatif à la fois sur l’inflation et la croissance, notamment dans l’Union européenne, où on paie le baril d’autant plus cher que l’euro s’affaiblit. Confrontés à l’interruption du gaz russe et à un pétrole onéreux, les États membres devraient donc accélérer leur transition vers une économie à faible émission de carbone.

Sans pouvoir échapper aux effets également inflationnistes d’une telle évolution, compte tenu des investissements considérables que nécessite la montée en puissance des énergies renouvelables.