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Penser inflation, pouvoir d'achat et indexation

Publié le 01 septembre 2022

La mémoire des hommes et celle de nos dirigeants en particulier est décidemment bien courte. Il n’y a pourtant pas si longtemps que la France et une partie du monde connaissaient des taux d’inflation élevés.

En ces temps-là que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître mais dont leurs parents et grands-parents devraient se souvenir, les Français avaient appris à vivre avec une hausse des prix continuelle et bien plus importante qu’aujourd’hui sans que cela entraînât le jaillissement de nombre des idées fausses que l’on entend aujourd’hui.

Euthanasie des rentiers

Certes, l’inflation était encore appelée l’euthanasie des rentiers. La formule, pour frappante qu’elle fût, n’était pas absolument exacte, d’autant que les rentiers, lessivés par deux guerres mondiales, avaient rejoint le royaume des ombres, mais elle exprimait encore le fait que le numéraire perdait de la valeur chaque jour et que des taux d’intérêts nécessairement élevés pénalisaient les emprunteurs et les prêteurs à taux fixe dont les actifs fondaient chaque jour également.

Il y a quelques dizaines d’années, l’inflation qu’un économiste du XXème siècle qualifiait de lèpre immonde devait être combattue sans faiblesse, même si la plupart du temps, nos compatriotes s’en accommodaient. Parce qu’ils avaient appris à vivre avec elle. Or, l’impression se fait aiguë que les leçons du passé sont actuellement lettres mortes, que ceux qui nous gouvernent ne s’en souviennent plus, s’ils les ont jamais apprises.

L’indexation, généralisée dans les années 1970 et 1980, est mise en doute. D’un côté, le patronat explique qu’il est préférable que l’inflation ne soit pas totalement compensée par une hausse des salaires, celle-ci pouvant avoir pour effet d’attiser la hausse des prix. D’un autre, le gouvernement recommande de substituer une prime à l’indexation des salaires.

Ces deux attitudes sont difficilement compréhensibles et acceptables. Car, il n’est pas douteux que ne pas indexer les salaires sur l’inflation revient à violer moralement les contrats de travail concernés. Par son contrat de travail, un salarié reçoit un pouvoir d’achat, lequel baisse en période d’inflation et il importe donc que l’employeur en respecte l’esprit sinon la lettre.

Quant à la prime, elle ne vaut que pour un an alors que la hausse des prix s’inscrit dans la durée. Pour parler clair, elle ne vaudrait que si et seulement si, après avoir monté, les prix redescendaient ! On concèdera que l’hypothèse est peu probable.

Ceci conduit à dire que l’État, à l’égal de tout employeur doit compenser également et intégralement ses employés, fonctionnaires ou non, et veiller à ce que les retraités ne soient pas lésés par l’inflation.

Indexer les salaires et les pensions

En prenant également en compte qu’une simple indexation annuelle ne compense pas totalement la hausse des prix et donc la perte de pouvoir d’achat subie au cours de l’année écoulée ; il est donc souhaitable que l’indexation soit ajustée pour gommer ce phénomène.

Il est peu discutable qu’une partie importante de l’inflation est encore le résultat d’une offre insuffisante. Due notamment au choix de la stratégie «zéro Covid» par la Chine et à la guerre russo-ukrainienne mais aussi aux problèmes rencontrés par le parc nucléaire français, parmi de nombreux autres facteurs. Mais sur cette inflation que l’on pourrait appeler primaire se greffe maintenant une hausse des prix auto-alimentée que les économistes connaissent bien et qu’il ne faut pas laisser se développer.

Il est saisissant de constater un double phénomène contemporain : la liaison entretenue entre inflation et perte de pouvoir d’achat et l’utilisation anarchique des données. On a vu plus haut que l’indexation des salaires et plus généralement des revenus dits d’activité devrait résoudre en grande partie la question du pouvoir d’achat des ménages. Car c’est bien le défaut d’indexation parfaite qui ampute le pouvoir d’achat de la plupart de ceux-ci.

Ensuite, on ne peut que noter le besoin de dissocier le taux d’inflation général de celui de certains produits particuliers comme le gaz ou l’électricité qui en sont des composants. Sauf cas particuliers les hausses de l’énergie, pour spectaculaires qu’elles soient se «dissolvent» dans la hausse générale des prix. Laquelle, encore une fois, devrait être compensée par le jeu de l’indexation.

On peut donc observer que la lutte contre les conséquences les plus sensibles de l’inflation, c’est-à-dire celles qui touchent au pouvoir d’achat des ménages, est singulièrement brouillonne et que les armes employées ne paraissent pas vraiment adaptées.

Mais l’inflation n’a pas que des effets en matière de pouvoir d’achat, elle touche de très nombreux domaines. Par exemple, elle introduit des distorsions dans la comptabilité des entreprises et aussi dans la fiscalité de ces mêmes entreprises comme des particuliers. Notamment pour ce qui est des plus-values et de l’impôt correspondant.

L’inflation requiert pour la dompter de penser en fonction d’elle. Il faut savoir passer des euros courants en euros constants et vice-versa. Et acquérir rapidement cette gymnastique intellectuelle. Ainsi, en période de hausse des prix, il n’est plus acceptable de promettre des hausses de salaires dans la durée, du quinquennat par exemple, en avançant un simple montant sans préciser s’il doit être compris en euros courants ou constants.

Oui, il faut «penser inflation». Sans trop tarder.