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«Où placer 280.000 euros en attendant l'achat de notre maison de vacances ?» Nos conseils à Charles

Publié le 06 novembre 2021

Une fois n’est pas coutume, nous ne parlerons pas du patrimoine d’un abonné du Revenu.

Charles (1) ne nous a pas contacté pour être conseillé sur sa situation personnelle. Très impliqué dans les finances de ses parents, il souhaiterait aider sa mère, Brigitte, à placer au mieux le fruit de la vente d’une maison de famille.

Sa question est simple : «Comment placer 280.000 euros pour environ six mois ?». Les parents de notre abonné souhaitent en effet utiliser rapidement cet argent pour acheter une maison de vacances en Bretagne.

Pas de miracle

Pour une période aussi courte, il n’existe pas de solution magique. Les placements risqués ou à haut niveau de frais sont exclus : exit la Bourse et l’immobilier.

Les fonds en euros des contrats d’assurance vie pourraient, en théorie, faire l’affaire. Leurs rendements dépassent encore, pour les meilleurs d’entre eux, ceux des placements réglementés. Et le capital est garanti.

En pratique, cette solution ne semble toutefois pas intéressante. Il n’existe quasiment plus aucun contrat acceptant des versements supérieurs à 50.000 euros uniquement sur le fonds en euros. Ou alors des frais d’entrée seront facturés ce qui est absolument à proscrire pour un placement de quelques mois. Enfin, en cas de retrait en cours d’année, le rendement servi au titre des quelques mois écoulés est souvent de zéro. L’argent placé en novembre et récupéré en juin 2022 ne rapportera, dans bien des cas, que des intérêts au titre de décembre 2021, soit pas grand-chose…

Le patrimoine des parents de Charles

Assurance vie 35.000 euros
Résidence principale 400.000 euros
Epargne retraite 117.000 euros
Comptes-courants 281.000 euros
Livrets 13.000 euros
Total 846.000 euros

Nous recommandons ainsi à Brigitte de se contenter de classiques livrets d’épargne. Outre les traditionnels Livret A et LDDS, plafonnés à 34.950 euros de versements, elle peut se tourner vers des livrets bancaires. Celui d’Axa Banque propose par exemple actuellement un taux boosté de 2% sur deux mois (jusqu’à 30.000 euros). Distingo de PSA Banque est aussi une valeur sûre (0,5%-0,6% brut d’impôt).

Apport ou emprunt ?

Mais l’essentiel est ailleurs. Les parents de notre abonné ont-ils vraiment besoin de ces 280.000 euros pour acquérir la maison de vacances de leurs rêves ? Après étude de leur patrimoine, il semblerait que non.

Philippe et Brigitte ont fini de rembourser leur résidence principale. Ils n’ont plus de crédit sur le dos et, à 60 ans, ils pourraient en souscrire un nouveau pour acheter une partie de leur future résidence secondaire. Pour limiter le coût de l’assurance et bénéficier de taux d’intérêt défiants toute concurrence, nous leur recommandons d’emprunter sur une période relativement courte, de maximum dix ans.

Compte tenu de leur niveau de revenus, ils devraient pouvoir obtenir 140.000 euros de la banque sans trop de soucis, soit la moitié de la somme nécessaire à l’achat de la maison.

Rendement de 3% par an

Le solde après achat de leur résidence secondaire, soit 140.000 euros également, pourra être placé, au moins en partie, sur des supports à plus fort potentiel de rendement. «Mes parents n’auront, a priori, pas besoin de cet argent, y compris une fois à la retraite», confirme Charles.

Pour des questions de succession, nous recommandons au couple de privilégier l’assurance vie. Au programme, l’ouverture d’un nouveau contrat récompensé par Le Revenu et un investissement sur des unités de compte (UC), de préférence des fonds ou trackers exposés à la Bourse. En raison du haut niveau des marchés financiers, qui ont battu leur record historique, nous préconisons une entrée progressive.

L’objectif est d’atteindre une proportion d’UC de 50%, le solde étant prudemment placé sur le fonds en euros du contrat. En basculant 5.000 euros par mois sur des fonds actions, cette cible sera atteinte en un an environ. Nous recommandons de privilégier quelques fonds ou trackers diversifiés géographiquement.

En retenant des hypothèses raisonnables (2), ce placement devrait générer 3% de rendement par an soit nettement plus que le coût du crédit contracté pour acquérir la résidence secondaire qui ne devrait, lui, pas accéder 1,5% de TAEG.

Bien rédiger les statuts de la SCI

Au-delà de ces considérations purement financières, Charles s’interroge sur la structure juridique à retenir pour acheter ce pied à terre de bord de mer.

Les parents comme les enfants se projettent à long terme dans cet achat. Ils l’envisagent comme une future maison de famille qui se transmettra sur plusieurs générations. Dans ces conditions, la constitution d’une société civile immobilière est particulièrement adaptée.

La SCI permet de codifier les relations entre propriétaire et met le bien à l’abri de la décision unilatérale d’un associé minoritaire (ce qui n’est pas le cas en indivision).

La société civile est aussi un bon outil pour préparer une succession. Nous suggérons aux parents de Charles de donner la nue-propriété de la SCI à leurs enfants dès la maison achetée. Grâce à des statuts bien rédigés (avec l’aide d’un professionnel) ils pourront garder le contrôle total sur le bien même en tant que simples usufruitiers.

De leur côté, les deux frères n’auront pas à payer de droits de donation car les abattements parents-enfants de 100.000 euros ne seront pas dépassés.

Les leçons à tirer de cette étude de patrimoine

Il est quasiment impossible de gagner plus de 1% avec des placements sans risque de très court terme.

Compte tenu de la faiblesse des taux d’intérêt, il ne faut pas hésiter à emprunter pour un achat immobilier plutôt que de mobiliser son épargne.

Acheter une maison de famille via une SCI peut être interessant, à condition de bien rédiger les statuts de la société.


(1) Les prénoms ont été modifiés. Les chiffres ont été arrondis et simplifiés pour une meilleure lisibilité.

(2) On retient un rendement annuel de 1% pour le fonds en euros et de 5% pour les unités de compte.