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Néobanque : les leçons de la faillite de Swoon

Publié le 05 novembre 2021

Les 400 à 500 souscripteurs de la fintech Swoon n’ont aucune garantie de retrouver leurs fonds. Créé il y a trois ans par Quentin Hadouche, cette société lilloise proposait un compte de paiement sur mobile et, en produit d’appel, un livret assorti d’un compte rémunéré à 3% à partir de prêts aux PME.

Les comptes ont été fermés cet été et, depuis, beaucoup de clients de Swoon se plaignent de ne pas pouvoir récupérer leur argent. Quentin Hadouche déclare à qui veut l’entendre qu’il a l’intention de rembourser. Mais il faudra attendre l’épuration des opérations de prêts, par la «Financière de Garantie», l’autre société de Quentin Hadouche, qui conservait les dépôts.

En effet, «les fonds drainés se sont retrouvés dans une «Financière de Garantie», dont l’ex-président de Swoon, Quentin Hadouche, admet lui-même que la Financière en question est dans l’incapacité de rembourser les fonds collectés», rapporte l’association de consommateurs France Conso Banque, qui défend les usagers floués.

La Financière de Garantie était en outre abusivement présentée comme habilitée Intermédiaire en opération de banque et service de paiement (IOBSP) par son président et non établissement de paiement, le statut a minima pour proposer un compte de paiement. La recherche sur l’Orias (le registre unique des intermédiaires financiers) indique qu’elle n’était que mandataire IOBSP non exclusif et que cet agrément est radié depuis le 10 septembre 2021.

Promesse trop alléchante

Première leçon : toujours s’interroger sur le caractère réaliste de la promesse. En l’occurrence, présenter un rendement de 3% comme quasi certain ne l’était pas ! En réalité, tout livret assorti d’un rendement fixe présenté comme garanti et très nettement supérieur à ceux des livrets bancaires usuels (0,10 à 0,50%) est risqué… s’il n’est pas crapuleux !

Deuxième leçon : cette malheureuse affaire doit vous inviter à vérifier sur les forums Internet les commentaires des premiers utilisateurs de la fintech ou néobanque qui vous a séduit. Les abonnés au Revenu peuvent appeler la rédaction pour s’enquérir de leur solidité. Or Swoon avait rencontré de nombreux problèmes techniques suscitant l’ire de ses clients sur les forums Internet et réseaux sociaux.

Vérifier le statut de la fintech ou néobanque

Troisième leçon : regardez le statut de l’opérateur. Swoon n’était qu’un éditeur de logiciel. Il ne disposait en effet d’aucun agrément propre délivré par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) – que vous pouvez consulter sur le site du registre des agents financiers regafi.fr.

Swoon agissait, aux yeux de l’ACPR comme un agent d’établissement prestataire de services de paiement, à charge à celui-ci de répondre aux exigences du statut, ce qui fut au moins partiellement fait. «L’établissement dont elle était partenaire au moment de sa liquidation a cantonné les fonds comme la règlementation l’y oblige et a averti les clients début août de la disponibilité de leurs fonds», nous répond l’ACPR.

Un marché pourtant sous surveillance

N’allez pas croire cependant que n’importe quelle fintech un peu gourmande peut débarquer si facilement sur le marché des opérateurs bancaires. La course d’obstacle pour y parvenir est en principe dissuasive. En France, l’ACPR s’est déjà montrée peu indulgente par le passé. Elle n’a pas hésité à sanctionner Only Payment Services, Carrefour banque, Mangopay, ING… pour l’insuffisance de leurs contrôles contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme (LCB-FT)

«Les escrocs ont tendance à se tourner vers les nouveaux établissements», admettent les intéressés qui tour à tour ont dû réinvestir dans leur dispositif de sécurité. Les cartes vendues en bureau de tabac étant dans son viseur, Nickel, racheté par BNP Paribas en 2017, assure : «nous respectons les mêmes obligations légales que tous les autres établissements de paiement».

Elle a également contraint la fintech Morning (surprise à piocher dans les dépôts des clients supposément cantonnés dans une autre entité) de renoncer à proposer des comptes de paiement avant d’être reprise et fermée par la banque Edel (groupe Leclerc). Il est très étonnant que Swoon ait pu passer entre les mailles du filet.