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Monde : coup de frein brutal

Publié le 28 janvier 2022

Pour les investisseurs qui espéraient trouver un motif d’optimisme, à l’heure où les bruits de botte se font entendre à la frontière de l’Ukraine, c’est plutôt raté.

Le Fonds monétaire international, surnommé le «pompier de la planète» par sa mission de prêteur en dernier ressort, a actualisé ses perspectives. Et le moins qu’on puisse dire est qu’elles sont particulièrement désenchantées.

Par rapport à sa dernière livraison d’octobre 2021, le constat est patent : la situation s’est dégradée, avec l’arrivée du variant Omicron et le durcissement des restrictions de circulation. Aussi, l’économie mondiale aborde-t-elle l’année 2022 «dans une position plus faible que prévu».

Les deux grandes puissances pénalisées

La croissance mondiale devrait ainsi passer de 5,9% en 2021 à 4,4% en 2022 (contre 4,9% prévus en octobre), soit une révision en baisse d’un demi-point. Les raisons de ce coup de frein ? Elles tiennent pour l’essentiel au ralentissement de l’activité dans les deux principales économies mondiales. Pour les États-Unis, la croissance du PIB devrait ainsi se limiter à 4% cette année, au lieu des 5,2% espérés à l’automne.

La réduction du plan massif de relance Build Back Better (Reconstruire en mieux) de l’administration Biden, l’adoption d’une politique monétaire moins accommodante (réduction des achats d’actifs, relèvement des taux directeurs) et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement sont autant de facteurs négatifs.

Pour ce qui est de la Chine, les experts du FMI anticipent désormais une croissance de 4,8% en 2022, contre 5,6% espérés à l’automne. «Les perturbations liées à la politique de tolérance zéro par rapport au Covid-19 et les tensions financières prolongées dans le secteur de la promotion immobilière ont entraîné une révision à la baisse de 0,8 point de pourcentage», estiment-ils. Ce qui a pour effet d’assombrir les perspectives des partenaires commerciaux de l’empire du Milieu.

La zone euro ne reste pas à l’écart de ce mouvement de révision, mais avec une baisse plus modeste de 0,4 point de pourcentage, ramenant la croissance à 3,9% en 2022. Cet ajustement «tient pour beaucoup à la situation de l’Allemagne, qui voit ses perspectives de croissance rognées de 0,8 point, à 3,8%, du fait, pour une grande part, de l’exposition du pays aux chocs de la chaîne d’approvisionnement.»

Les autres pays voient également leurs perspectives pour 2022 révisées à la baisse, mais dans une moindre mesure : la croissance de la France est désormais estimée à 3,5% (-0,4%), l’Italie à 3,8% (-0,4% également) et l’Espagne à 5,8% (-0,6%).

Des risque pour les finances publiques

Pour ne rien arranger, l’inflation devrait rester élevée cette année, en particulier aux États-Unis, prévoient les experts du FMI. La hausse des prix devrait ainsi atteindre en moyenne 3,9% dans les pays avancés et 5,9% dans les pays émergents et ceux en développement, du fait de l’augmentation des prix de l’énergie et des ruptures d’approvisionnement.

Quant au relèvement des taux directeurs, jugé nécessaire pour endiguer cette vague, il pourrait faire surgir des risques pour les finances publiques de nombreux États, d’autant que «les niveaux d’endettement ont considérablement augmenté au cours des deux dernières années».

Pour 2023, en revanche, le FMI se laisse aller à un peu d’optimisme, sans tomber dans l’euphorie. La production mondiale pourrait ainsi progresser de 3,8%, contre 3,6% prévus à l’automne. Mais cette révision est subordonnée à l’amélioration de la situation sanitaire dans la plupart des pays d’ici la fin 2022, ce qui suppose un taux de vaccination en progression dans le monde entier et des traitements plus efficaces. On peut effectivement l’espérer, mais rien n’est moins sûr.