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Mise à disposition à titre gratuit d'un bien immobilier et conséquences fiscales

Publié le 29 mai 2022

Quand la Cour de cassation censure la Cour d’appel : la question du rapport à la succession de celui qui a consenti un logement gratuit, de l’avantage en résultant, est ainsi soulevée de manière récurrente.

Dans un arrêt du 12 janvier 2022, la Cour de cassation, censurant la Cour d’appel qui avait jugé en sens contraire, a arrêté que l’avantage octroyé à un seul des enfants consistant en la mise à disposition de biens agricoles de manière gratuite ne devait pas être rapporté à la succession des parents disparus.

Le jugement dit que : «Il résulte de ce texte [l’article 843 du Code civil dans sa version d’avant 2006] que seule une libéralité, qui suppose un appauvrissement du disposant dans l’intention de gratifier son héritier, est rapportable à la succession.»

La double condition pour le rapport

Il faut donc que deux conditions soient réunies pour que le rapport soit établi. Premièrement que la mise à disposition gratuite ait eu pour résultat un appauvrissement du défunt et secondement que celui-ci ait consenti une libéralité au bénéficiaire de la gratuité. Dans la plupart des situations de ce genre, l’appauvrissement est manifeste puisque le propriétaire ne touche pas de loyer ou, au cas particulier de fermage.

En revanche, l’octroi d’une libéralité n’est pas facile à prouver par les héritiers qui visent le rapport et la lecture de l’article 893 du Code civil le prouve qui s’énonce ainsi : «La libéralité est l’acte par lequel une personne dispose à titre gratuit de tout ou partie de ses biens ou de ses droits au profit d’une autre personne. Il ne peut être fait de libéralité que par donation entre vifs ou par testament.» Les choses sont donc apparemment claires.

L’apport du prêt à usage à l’analyse

Selon le Code civil, «le prêt à usage est un contrat par lequel l’une des parties livre une chose à l’autre pour s’en servir, à la charge par le preneur de la rendre après s’en être servi. Il est essentiellement gratuit.» Or, la plupart des mises à disposition gratuites d’un local ou d’un logement constituent des prêts à usage que l’on appelait naguère commodats. Et une jurisprudence fournie dénie le rapport à une succession d’un commodat conclu par le défunt.

Notre opinion : Le fait qu’en l’absence d’intention libérale, il ne puisse y avoir rapport à la succession de l’avantage consenti par le défunt sous forme de mise à disposition à titre gratuit d’un bien immobilier ne saurait préjuger du traitement fiscal de cet acte généreux en matière d’impôt sur le revenu. Afin d’éviter l’imposition d’un loyer virtuel, on peut recommander de s’abstenir d’établir un bail de façon que l’occupation puisse être considérée comme précaire.