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Les banques centrales sont prêtes à combattre l'inflation… quoi qu'il en coûte !

Publié le 17 septembre 2022

La persistance d’une inflation élevée conforte les grandes banques centrales dans leurs décisions de resserrement monétaire.

Aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation a de nouveau légèrement augmenté au mois d’août. La baisse des prix à la pompe a été occultée par la hausse des loyers et de l’alimentation.

En rythme annuel, l’inflation a tout de même ralenti (8,3% après 8,5%), mais moins qu’attendu (8,1%).

Pause attendue

Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale (Fed), a répété durant l’été sa détermination à lutter contre l’inflation, même au risque de provoquer une récession.

«Ce message sans ambiguïté a été une douche froide pour les investisseurs», analyse Stéphane Déo, stratégiste d’Ostrum AM, en décevant leurs espoirs d’un prochain mouvement de pause dans le cycle de durcissement monétaire.

Le patron de la banque centrale américaine estime qu’il faut que le reflux de l’inflation soit durablement établi pour que cette pause dans la remontée des taux directeurs puisse intervenir.

Outre-Atlantique, les investisseurs privilégient, pour la prochaine réunion de la Fed, l’hypothèse d’un nouveau relèvement de trois quarts de point (0,75) de l’objectif de taux des fonds fédéraux (« Fed funds »), similaire à ceux décidés en juin puis en juillet.

Un atterrissage en douceur avec un ralentissement modéré de l’économie américaine reste toutefois possible.

La hausse des prix ne faiblit pas non plus nettement, pour le moment, en zone euro, en restant proche de 8%. La Banque centrale européenne (BCE) a remonté de 0,75 point de pourcentage ses taux directeurs, montrant ainsi, elle aussi, sa détermination à juguler l’inflation.

Christine Lagarde, présidente de la BCE, a laissé entendre que ce resserrement monétaire allait se poursuivre, malgré le risque d’une récession dans la zone euro cet hiver.

Une nouvelle hausse de taux de 75 points de base pourrait être mise en œuvre à partir d’octobre. L’institution a toutefois précisé que la trajectoire future de ses taux directeurs resterait dépendante des données économiques.

Cette évolution récente a modéré les ardeurs des investisseurs après le rebond provisoire de juillet. Au 13 septembre, le CAC 40 cédait 12% depuis le 1er janvier. À Wall Street, le S&P 500 reculait de 14% sur la même période, et le Nasdaq de 22%.

Les taux longs à dix ans se sont à nouveau tendus depuis début août. À la même date, l’OAT française était remontée autour de 2,2%, et le Treasury Bond américain s’affichait autour de 3,35%.

Menaces persistantes

De nombreux analystes s’attendent à une récession des deux côtés de l’Atlantique, sans trop s’engager toutefois ni sur son ampleur ni sur sa durée. Elle pourrait rester limitée aux deux prochains trimestres.

Les menaces persistent sur les prix de l’énergie avec la poursuite de la guerre en Ukraine. Mais les investisseurs espèrent surtout obtenir dans les prochaines semaines des indications susceptibles de confirmer que le pic d’inflation a vraiment été dépassé de façon durable.

La situation pourrait alors conduire plutôt à une stagnation de la croissance économique qu’à un vrai recul. C’est le scenario central de la BCE pour la zone euro. Elle anticipe un repli de l’inflation à 5,5% en 2023, puis à 2,3% en 2024.

Et elle prévoit une croissance économique de 3,1% en 2022, puis 0,9% en 2023. Pour le moment, l’emploi reste dynamique dans les grands pays développés et l’épargne des ménages se situe à un niveau élevé, laissant des réserves à dépenser dans l’économie en cas de besoin.

La situation financière des entreprises est, elle aussi, globalement saine.

Le vrai catalyseur restera le changement d’attitude de la Fed et de la BCE.

L’investisseur doit donc privilégier la prudence au cours des prochaines semaines, en surveillant de possibles points de retournement de marché qui se présenteront si les nouvelles sur le front économique s’améliorent.

Alexandre Hezez, stratégiste de la banque Richelieu, qualifie le rebond boursier de juillet de «rallye de marché baissier». Rien ne garantit en effet que le point bas ait été atteint en 2022 sur les actions.