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L'éducation financière, un défi majeur pour Marie-Anne Barbat-Layani, attendue à la tête de l'AMF

Publié le 18 octobre 2022

Que dire aux jeunes qui investissent ?

Ne pas tomber dans le miroir aux alouettes d’un certain nombre de placements. Certains jeunes investissent leurs économies en prenant beaucoup de risques dans des produits parfois ultra-compliqués qui devraient être réservés à des investisseurs avertis. Et ils se font souvent avoir.

Placer son argent sans penser à aller voir un conseiller, c’est un peu comme se soigner sans aller voir le médecin, en achetant des médicaments sur internet importés d’on ne sait où.

Il y a un vrai chantier sur cette problématique de vente un peu dissimulée via les influenceurs qui font de la publicité pour des produits financiers sans transparence. Il faut trouver les bons moyens de parler à des populations qu’on ne sait pas encore atteindre. Peut-être aller chercher une ou deux personnes de 25 ans pour cela? Il faut qu’on travaille avec les médias qui intéressent les jeunes, peut-être Tik Tok,YouTube ou Melty.

On n’aura jamais à l’AMF autant de followers que Kim Kardashian et Nabilla mais peut-être qu’il faut imposer la présence d’un petit bandeau d’avertissement contre les risques quand les influenceurs parlent de produits financiers. Là où il y a un fort rendement, il y a un fort risque, c’est une notion basique, mais qui nécessite de refaire de la pédagogie.

La finance ne doit pas être uniquement un monde d’experts, dominé par une terminologie complexe.

Quel est votre perception du rapport des femmes à l’argent?

Je suis née l’année où les femmes ont pu pénétrer dans l’enceinte de la Bourse de Paris, en 1967. L’argent est tabou dans la société, mais encore plus pour les femmes. Beaucoup de femmes élèvent leurs enfants toutes seules et quand les enfants sont petits, ça peut valoir le coup de leur ouvrir un livret d’épargne en vue des études.

L’argent ne doit pas être une fin en soi, mais pour citer Margaret Atwood dans son roman «Faire surface»: «money counts», l’argent compte. Il faut juste en avoir une vision saine.

Mais les femmes n’osent jamais demander une augmentation de salaire, cela a été mon grand choc quand je travaillais dans le privé. Et je l’ai vu à Bercy (elle est actuelle secrétaire générale du ministère de l’Économie, NDLR), spontanément, les femmes ne sont jamais candidates à rien. J’ai bien été candidate à l’AMF mais il a fallu attendre l’âge que j’ai (55 ans, NDLR)! Il y a aussi une question de maturité, mais entre-temps il y a des opportunités qui passent.

Comment progresser sur l’enjeu de la finance durable?

Tout le monde a voulu être plus vert que vert.

Nous avons été dans une phase de foisonnement de labels, de prix, de notations sur les critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). Maintenant il faut acquérir une vraie maturité avec des outils qui permettent de savoir ce qui est vert, vert pâle, vert de gris ou brun/noir. La taxonomie européenne est la base pour que la finance devienne un levier d’accélération de la transition écologique.

On a la grammaire, le Bescherelle, maintenant il faut le traduire, faire des dictées, ramasser les copies et mettre des mauvaises notes en cas de non respect des règles. Il faut aller plus fort dans la finance verte parce que la finance peut être un outil extrêmement puissant pour réorienter l’économie.

Le développement durable doit être aussi vrai dans l’institution. Il faut par exemple qu’on fasse un bilan des émissions de gaz à effet de serre de l’AMF, qu’on réfléchisse à la compensation carbone de nos déplacements. Et à faire des économies de déplacements.

Le Revenu, avec AFP