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La sur-épargne Covid ne dégonfle pas

Publié le 06 décembre 2021

La sur-épargne des Français reste à un niveau très élevé, un «plus haut historique», estime Alain Tourdjman, directeur des études économiques du groupe BPCE qui présentait début décembre 2021 une étude sur l’épargne des Français.

Un surplus d’épargne de 130 milliards d’euros en deux ans

En 2021, les placements financiers des ménages pourraient atteindre 110 milliards d’euros (contre 141 milliards en 2020 mais 74,4 milliards en 2019), «soit un surplus supérieur à 130 milliards d’euros sur deux ans en comparaison d’une situation normale», poursuit-il.

Cette épargne contrainte des Français, qui a débuté en mars 2020 au début de la crise sanitaire, continue plus de 18 mois après. «On constate une certaine normalisation du taux d’épargne en 2021, mais le surplus de l’épargne Covid n’a pas été consommé», poursuit Eric Buffandeau, directeur adjoint des études à la BPCE. Interrogés au mois de novembre 2021 dans le cadre du baromètre Epargne et Placements BPCE/Audirep, 89% des Français déclarent mettre – ou essayer de mettre –  de l’argent de côté.

Dans le détail, le taux d’épargne qui est monté à 21,4% du revenu disponible en moyenne en 2020 (et même 28% au deuxième trimestre !) et devrait atteindre 19,3% en 2021, ne devrait «se normaliser que très lentement» pour atterrir aux alentours de 15,7% en 2022. Pour mémoire, en 2019, avant la crise sanitaire, le taux d’épargne des Français ne dépassait pas 15% et était déjà considéré comme un niveau élevé par rapport à la moyenne européenne.

D’une «épargne forcée» à une «épargne renforcée»

«On est passé d’une épargne forcée à une épargne renforcée de précaution», résume ainsi Alain Tourdjman. Crainte sur le pouvoir d’achat, anticipation de l’inflation, hausse des prix de l’immobilier ou de l’apport demandé par les banques en cas de crédit… les motivations des Français pour épargner ne manquent pas, en particulier chez les ménages aisés, pointent les économistes de la BPCE.

Les taux d’intérêt «toujours extrêmement faibles» les poussent à «maintenir une épargne encore abondante, potentiellement pour des préoccupations visant la retraite, pour compenser l’insuffisance des rendements».

Les Français gardent sur leurs comptes courants des sommes historiquement élevées : près de 20 milliards d’euros de surplus entre janvier et septembre 2021 par rapport aux mêmes périodes des années 2018 et 2019, a calculé la BPCE. Ce à quoi il faut encore ajouter un surplus d’au moins 21 milliards d’euros sur leurs livret A, livret de développement durable ou solidaire, livret d’épargne populaire et sur les livrets fiscalisés des banques.

Les attentes des Français loin de la réalité

En matière de rendement de l’épargne, les Français sont parfois loin de la réalité, remarquent les économistes de la BPCE. 31% des Français déclarent avoir des sommes inutilisées sur leur compte courant, à 47% pour les imprévus et 30% parce que les placements rapportent trop peu.

La BPCE a eu l’idée de les interroger sur le niveau de taux d’intérêt qui les ferait déplacer leur argent de leur compte courant vers un Livret A. La réponse est déroutante : en moyenne, les Français estiment que seul un taux de rémunération à 2,90% pourrait les inciter à sortir leurs capitaux de leur compte courant.

Avec un taux du Livret A actuellement à 0,5% (qui pourrait grimper à 0,8 % en février 2022 dans une hypothèse favorable) et avec un taux moyen de l’assurance vie en euros qui devrait passer, en 2022, sous 1% net de frais de gestion selon les prévisions du Revenu, le décalage entre les attentes des Français en matière de placement et la réalité des taux de rémunération des placements non risqués reste immense.