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Japon : un parfum de stagflation

Publié le 27 mai 2022

«C’est un bond de géant pour le Japon», si l’on veut paraphraser Neil Armstrong, le premier homme à avoir marché sur la Lune.

Jusqu’à présent, aucun astronaute nippon ne s’était aventuré plus loin que l’ISS, la station spatiale internationale. Avec le concours de la Nasa, l’empire du Soleil Levant va pouvoir envoyer, a priori dans les années 2030, un de ses pilotes sur la surface lunaire dans le cadre du programme Artemis, comme l’a déclaré le président Joe Biden, en visite à Tokyo en début de semaine.

Sous son niveau d’avant-pandémie

En attendant cette nouvelle étape de la conquête spatiale, la troisième économie mondiale va devoir redescendre sur terre. Après un rebond de 0,9% au dernier trimestre 2021, le produit intérieur brut (PIB) de l’Archipel s’est en effet replié de 0,2%, de janvier à mars 2022, et n’a toujours pas dépassé son niveau d’avant-pandémie.

En dépit des restrictions, la consommation des ménages, qui contribue à 60% au PIB, a certes mieux résisté que prévu, avec un tassement limité à 0,1%. Mais le commerce extérieur demeure un boulet, en contribuant négativement à hauteur de 0,4%.

En cause : la rupture dans les chaînes d’approvisionnement (la Chine est son premier partenaire commercial) et la flambée du prix du pétrole avec la guerre en Ukraine (90% de l’énergie consommée est importé). Sans parler de la fermeture du territoire au tourisme de masse.

130 yens pour un dollar

Dans ces conditions, on comprend mieux pourquoi il faut maintenant 130 yens pour un dollar, son plus bas niveau depuis deux décennies. Et ce d’autant que la Banque du Japon (BoJ) continue de pratiquer une politique monétaire ultra accommodante avec des taux à zéro (et des achats massifs d’emprunts d’État), à l’inverse de la Réserve fédérale (Fed) qui a déjà relevé son taux directeur pour le porter de 0,75% à 1%.

Et cette divergence d’approche – la BoJ joue la relance, la Fed veut juguler l’inflation – se reflète dans les taux à long terme. Les emprunts d’État japonais à dix ans – les JGB ou Japanese Government Bonds – ne rapportent que 0,23% quand ceux des États-Unis offrent 2,83%.

Opérations de «carry trade»

Ces écarts de rendement alimentent d’ailleurs la spéculation par le biais d’opérations de «carry trade». Des fonds spéculatifs s’endettent en yens (la devise à faible taux), avec un effet de levier, et placent les fonds empruntés en dollars (la devise à taux plus élevé). Une technique qui n’est toutefois pas dénuée de risques, si le billet vert venait à dévisser.

En tout état de cause, et même si la hausse des prix reste contenue (hors produits frais, elle a néanmoins dépassé le seuil des 2% sur un an), la Banque du Japon a réduit ses prévisions, malgré le plan de relance du nouveau Premier ministre, Fumio Kishida.

Pour l’exercice 2022-2023 (ouvert du 1er avril au 31 mars), elle table désormais sur une croissance de 2,9%, contre 3,8% précédemment. Le Fonds monétaire international est moins optimiste et prévoit seulement 2,4%. «Un petit pas pour l’homme japonais».