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Inflation : pas prête de redescendre…

Publié le 15 avril 2022

Les prix flambent de part et d’autre de l’Atlantique. En zone euro, les estimations les plus récentes pointent vers une inflation de 7,5% en glissement annuel.

Aux États-Unis, l’indice des prix à la consommation a bondi de 8,5% (sur un an) en mars, contre 7,9% un mois plus tôt. De tels niveaux de progression n’avaient plus été observés depuis le début des années 80.

En cause : les prix de l’énergie (+32%), du logement (+5%) et des denrées alimentaires (+8,8%). En un mois, les prix de l’essence à la pompe se sont envolés de 18,3%. De quoi rendre nerveux les automobilistes américains, déjà passablement irrités par l’inflation du prix des voitures d’occasion (+35,3% sur un an).

Débat sur le pic

Cependant, le chiffre de l’inflation américaine a été jugé plutôt rassurant par les économistes. Cette statistique vient soutenir l’hypothèse très débattue qu’un pic d’inflation serait sur le point d’être touché.

«Malgré le degré élevé d’incertitude, nous estimons que l’inflation est probablement au niveau ou très proche du pic, car les effets de base deviennent négatifs et les prix de l’essence se sont stabilisés», observe Edoardo Campanella, économiste chez Unicredit Bank. En effet, sur un mois glissant, l’inflation, hors énergie et alimentation, est ressortie à 0,3% contre 0,5% en février.

Pour autant, comme le fait remarquer Stephen Gallagher à la Société Générale, «atteindre un pic d’inflation n’a rien à voir avec un retour à un environnement de faible inflation. Il faudra attendre de nombreux mois, le temps que la Fed fasse son travail et que les tensions sur les chaînes d’approvisionnement s’apaisent».

Dans ce contexte, il ne fait guère de doutes que le Comité de politique monétaire de la Reserve fédérale qui se réunira les 3 et 4 mai prochains procédera à un nouveau relèvement de la fourchette-cible des taux des fonds fédéraux.

Les ménages inquiets

Mais les banques centrales n’ont-elles pas trop tardé à intervenir ? Les anticipations d’inflation sont déjà en train de s’ancrer à des niveaux supérieurs aux objectifs de stabilité des prix. Aux États-Unis, une enquête de la Fed de New York montre que les ménages américains s’attendent à une hausse des prix de 6,6% à un an et de 3,7% à trois ans, tout en étant moins optimistes sur leur situation financière à venir.

En Europe, le même sentiment concernant l’évolution défavorable du coût de la vie se reflète dans la dernière enquête de la Commission européenne sur la confiance des consommateurs. L’indicateur de la situation financière future est tombé à son plus bas niveau historique en mars, abandonnant une dizaine de points en un mois.

Sans doute, les ménages ont-ils déjà compris que l’inflation est bien partie pour rogner leur pouvoir d’achat et leur épargne. Comme le disait Milton Friedman, prix Nobel d’économie : «L’inflation est la seule forme d’imposition qui puisse être appliquée sans l’accord de personne.»