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France : plus d’inflation, moins de croissance

Publié le 06 juillet 2022

«Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille », comme le disait Jacques Chirac avec son franc-parler digne des Tontons flingueurs. Après l’impasse politique créée par les élections législatives qui restreint crûment les marges de manœuvre du président de la République, la Banque de France vient de livrer ses projections pour la période 2022-2024.

Et, à n’en pas douter, le chef de l’État se serait bien passé d’un tel scénario pour entamer son second quinquennat. Certes, les experts de la banque centrale ne prévoient pas de récession pour l’année en cours, mais ils ont abaissé sensiblement leur prévision de croissance à 2,3%, contre une fourchette comprise entre 2,8% et 3,4% à la mi-mars.

Pouvoir d’achat en berne

Au deuxième semestre 2022, l’activité resterait en effet modérée, affectée notamment par la hausse des prix de l’énergie (avec un prix moyen du baril de Brent à 105,8 dollars) et des matières premières alimentaires, sans oublier la dégradation de la demande des pays partenaires de la France. Les prix à la consommation progresseraient ainsi de 5,6% – en retenant l’indice harmonisé IPCH, conçu à des fins de comparaison internationale –, après 2,1% en 2021. L’inflation resterait cependant inférieure à celle de la zone euro, attendue à 6,8% selon l’Eurosystème.

« Cet écart de 1,2 point de pourcentage en faveur de la France s’explique en majeure partie par le bouclier tarifaire sur les prix du gaz et de l’électricité supposé maintenu tout au long de l’année 2022 », précise la Banque de France.

Les mesures de soutien déjà mises en place ou annoncées pour le projet de loi de finances rectificative (relèvement du point d’indice de la fonction publique, revalorisation des prestations sociales, suppression de la redevance audiovisuelle) permettraient d’amortir l’impact de cette hausse des prix, mais n’empêcherait pas un repli du pouvoir d’achat, analyse l’institution bicentenaire. Mesuré par habitant pour tenir compte de l’évolution de la population, celui-ci diminuerait en moyenne de 1% en 2022, après avoir été préservé au plus fort de la crise sanitaire et avoir gagné 2% en 2021.

Scénario «défavorable»

L’année 2023 offrirait-elle alors des perspectives plus riantes ? Pas vraiment. La Banque de France table sur une expansion limitée à 1,2%, «du fait d’une certaine persistance des chocs actuels et aussi de la fin de la partie temporaire des mesures prises pour soutenir l’économie en temps de crise».

Mais, en 2024, « une fois les chocs passés, la croissance retrouverait un rythme plus soutenu, à 1,7%, avec une demande assez vigoureuse », la hausse des prix revenant autour de 2%. À cet horizon, le déficit des finances publiques s’améliorerait, mais resterait légèrement supérieur à 3% du produit intérieur brut (PIB). En définitive, « le coût total de la guerre en Ukraine pour l’économie française serait une perte cumulée de l’ordre de 2 points de PIB sur la période 2022-2024 ».

A côté de ce scénario «conventionnel», les experts de la Banque de France ont également planché sur un scénario plus «défavorable», qui intègre le risque d’une prolongation de la guerre en Ukraine avec des sanctions additionnelles maintenues jusqu’en 2024. En retenant l’hypothèse d’un arrêt total des importations européennes de pétrole et de gaz russe à partir du troisième trimestre 2022, la France basculerait alors en récession en 2023, avec une baisse du PIB estimée à 1,3% et une inflation à 7%.

L’économie française reviendrait ensuite à une croissance positive de 1,3% en 2024. En revanche, l’inflation diminuerait très nettement à 0,7% « sous l’influence de la baisse plus prononcée des prix de l’énergie et de l’effet désinflationniste de la récession de 2023 ». Même si le pire n’est jamais sûr, il convient toutefois d’en avoir conscience…