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Finance durable : les gérants français font la course en tête

Publié le 17 janvier 2022

Cocorico pour le bien de la planète ! «La France a pris le leadership dans la gestion durable», se félicite Laure Delahousse, directrice générale adjointe de l’Association française de la gestion financière (AFG).

Les fonds ESG gérés en France représentent 36% des fonds ESG européens alors que la France ne pèse «que» 16% de la gestion d’actifs pour compte de tiers en Europe avec environ 4.820 milliards d’euros gérés sous mandat ou via des organismes de placements collectifs (OPC) à fin 2021.

Il s’agit des gestions qui rendent compte de critères environnementaux, sociaux, et de gouvernance selon les préceptes de l’article 8 du règlement «Sustainable Finance Disclosure Regulation» (SFDR) qui fait figure à présent de référence. Cet article 8 dont vous allez entendre de plus en plus parler, établit des exigences de reporting afin de permettre les comparaisons entre produits. Cependant il n’oblige pas les fonds qui s’y soumettent à avoir des objectifs définis en matière de durabilité, contrairement à l’article 9 plus exigeant que l’article 8.

La gestion ESG se revendiquant du seul article 8 peut donc être assez limitée. Mais c’est un début. Et sur l’article 9 plus impliquant, la gestion française affirme sa prédominance avec 58% de l’encours des fonds ; soit un total de 1.588 milliards d’euros répartis entre l’article 8 et article 9 de la réglementation SFDR, respectivement à hauteur de 1.492 milliards d’euros et 96 milliards d’euros.

L’évolution a concerné non seulement les gestions d’actions mais aussi d’obligations et de titres immobiliers. D’où la croissance des obligations vertes, durables, sociales et de transition dans les portefeuilles des gérants français avec 65 milliards d’euros d’encours, dont 56 milliards d’euros pour les obligations vertes (green bonds) en 2020 après 43 milliards en 2019 (AFG).

L’effet Cop 21

La France doit son avance en grande partie à la Cop 21 de 2015 et l’article 173 de la loi relative à la Transition énergétique pour la croissance verte votée à cette occasion. Car elle a obligé les grandes sociétés de gestion a mesuré les impacts de leurs investissements. Des obligations étendues depuis et fondues dans l’article 29 de la loi énergie-climat de novembre 2019. Les pouvoirs publics ont aussi créé un label ISR (investissement socialement responsable) dont le niveau d’exigence se situe à mi-chemin entre l’article 8 et 9.

Destiné aux fonds commercialisés auprès du grand public le label français ISR récompense à présent 892 fonds représentant 725 milliards d’euros ; 158 sociétés de gestion l’ont sollicité pour un ou plusieurs de leurs fonds actions et obligations et aussi immobilier (SCPI, OPCI) avec des exigences adaptées à ce secteur.

Le développement des fonds dits à impact a tiré leurs engagements vers le haut. «Une forte croissance des fonds à impact doit être anticipée, alors qu’ils représentent pour l’instant 1,3% des encours que gèrent les sociétés de gestion, soit 63 milliards d’euros sur 4.868 milliards», affirme Laure Delahousse.

Des pratiques à harmoniser

L’AFG s’efforce de coordonner au sein de la place les avancées des sociétés de gestion. Elle a notamment publié un guide des 12 principes pour épargner et investir et des guides spécialisés sur les énergies fossiles et l’article 29 de la loi Energie climat. «Nous travaillons avec d’autres institutions de la place financière de Paris à l’adoption d’une approche réglementaire transversale et coordonnée des fournisseurs de données financières et extra-financières (ESG)», se félicite Laure Delahousse.

Une étude récente de AFG-Mazars montre qu’il reste encore du travail en dépit d’une certaine maturité, pour aboutir à un consensus dans les pratiques observées et les appuyer sur des données robustes issues des entreprises dans lesquelles les sociétés de gestion investissent. Ces données doivent être directement accessibles aux investisseurs. Et ceux-ci peuvent aussi s’appuyer sur des fournisseurs de données externes.

L’Autorité des marchés financiers (AMF) a aussi établi une doctrine afin d’empêcher les fonds de revendiquer un caractère ISR ou ESG s’ils ne sont pas à la hauteur afin d’éviter les allégations mensongères ou « greenwashing », rappelait Robert Ophèle, président de l’AMF à l’occasion de ses vœux à la presse.

L’enjeu est d’autant plus grand que «le financement de la relance doit s’appuyer sur le développement d’offres responsables et durables, répondant à la problématique de la transition environnementale», souligne Laure Delahousse, aussi à travers le nouveau label Relance créé par l’Etat. Et dès cet été vos conseillers financiers auront l’obligation de vous interroger sur vos souhaits en matière de durabilité. Les gérants s’attendent donc à une poussée des exigences de leurs clients.