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Europe : un hiver au goût de récession

Publié le 26 août 2022

Après avoir souffert de la canicule tout au long de l’été, les Européens doivent se préparer à subir les rigueurs de l’hiver. Ou tout au moins à faire des économies de chauffage. Pour faire face à l’arrêt des livraisons de gaz russe, la Commission européenne a demandé à chaque pays de l’Union de réduire sa consommation de gaz d’au moins 15% depuis ce mois d’août, jusqu’à mars prochain.

En Allemagne, où la situation à cet égard est la plus difficile, le thermostat de tous les bâtiments publics sera réglé à la baisse, avec une température qui ne pourra pas dépasser les 19 degrés, a annoncé le 12 août le ministre de l’Économie, Robert Habeck.

Risques de pénuries

Reflétant d’ores et déjà cette situation tendue, les prix du gaz ont repris depuis plus de deux mois leur ascension. Le contrat néerlandais TTF, qui sert d’indice de référence en Europe, a encore battu des records cette semaine, soutenu par l’annonce de la nouvelle fermeture temporaire «pour maintenance» du gazoduc Nord Stream 1, dépassant de loin les niveaux atteints au début de la guerre en Ukraine.

Or, les analystes ne prévoient pas de décrue durable, compte tenu des difficultés des pays européens à constituer des réserves suffisantes pour passer l’hiver sans pénuries. Cette envolée du gaz est aussi liée aux craintes qui pèsent sur l’approvisionnement en électricité à partir d’autres sources, notamment le charbon, indique Sebastian Paris Horvitz, directeur de la recherche à la Banque Postale Asset Management. Précisant que les difficultés sont aggravées par la sécheresse dont souffre actuellement le Vieux Continent, qui a des conséquences importantes avec la baisse du niveau des réservoirs hydrauliques et des grands cours d’eau navigables (comme le Rhin, où passe une grande partie du fret).

Quoi qu’il en soit, les risques de pénuries d’énergie durant l’hiver constituent un frein considérable à l’activité économique. La probabilité d’une récession en Europe ne cesse d’augmenter et celle-ci risque d’être plus brutale que prévu, prévient la Banque Postale. Un avis partagé par nombre d’experts, comme Marc Touati, président du cabinet ACDEFI, qui voit déjà dans les premiers indicateurs d’août des signes de cette récession. En effet, l’indice Sentix de confiance des investisseurs de la zone euro est resté proche de ses plus-bas historiques, à -25,2.

Et l’indice PMI de la production manufacturière, publié par S&P Global le 23 août, a encore reculé, à 49,7 (contre 49,8 en juillet). La croissance du PIB de la zone en glissement annuel «devrait passer de 3,9% au deuxième trimestre à -5% au troisième trimestre, et peut-être encore moins au quatrième trimestre», prévoit l’économiste.

Cette situation montre que les pays européens n’ont toujours pas surmonté la crise du Covid-19. Ainsi, de 2019 à 2021, le PIB annuel réel (c’est-à-dire hors inflation) de la France enregistre une baisse de 1,7%, tandis que celui de l’Allemagne recule de 2,2% et celui de l’Italie de 3,1%.

Le spectre de la stagflation

Enfin, last but not least, l’augmentation du coût de l’énergie aura aussi un impact important sur l’inflation, et ce malgré les subventions mises en place par les gouvernements – avec chez nous une nouvelle ristourne sur le prix de l’essence prévue à la rentrée. Après 8,9% d’inflation dans la zone euro en juillet, on devrait être proche de 10% d’ici la fin de l’année, estime Marc Touati.

En France, si la hausse annuelle des prix à la consommation était encore de 6,1% en juillet (6,8% aux normes européennes), elle sera bientôt de 8%. Une situation de stagflation qui creuse un peu plus les inégalités dans la mesure où cette augmentation porte surtout sur les biens et services du quotidien, notamment dans les domaines énergétique et alimentaire.