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Euro : vingt ans et déjà une longue histoire

Publié le 07 janvier 2022

Pour ses thuriféraires – les plus nombreux –, elle est source de stabilité et de prospérité, à l’image de «l’arbre de vie» qui orne la face de certaines pièces.

Au contraire, pour ses contempteurs, elle est source d’inflation et de moindre croissance pour les pays du Vieux Continent où elle circule. Elle ? La monnaie unique européenne, qui a vu le jour dans sa forme fiduciaire (pièces et billets de banque) le 1er janvier 2002, trois ans après sa création sous sa forme scripturale (chèques, virements et cartes bancaires).

Critères de Maastricht

L’euro a donc fêté ses 20 ans (ou ses 23 ans). Et, en dépit de son jeune âge, elle est devenue la deuxième monnaie la plus utilisée au monde derrière le dollar, notamment par les 340 millions de personnes vivant dans dix-neuf des vingt-sept pays de l’Union européenne (et aussi à Andorre, Monaco, Saint-Marin et le Vatican). Néanmoins, avant sa naissance, le chemin a été long et semé d’embûches.

La première pierre a été posée, en 1970, par le rapport Werner qui envisage alors une union économique et monétaire. Mais la fin des accords de Bretton-Woods, le 15 août 1971, empêchera ce projet d’aboutir.

Tout s’accélère ensuite avec la création du marché unique en 1986, puis le rapport Delors en 1989 qui jette les bases de l’euro. Le 7 février 1992, le traité de Maastricht institue une union économique et monétaire entre douze Etats membres. Et les dirigeants politiques de ces pays s’engagent alors sur les critères à respecter pour adopter la monnaie unique.

À savoir une inflation basse (inférieure ou égale à 1,5%) et des finances publiques saines (déficit public à 3% maximum du PIB et dette publique à 60% maximum du PIB…).

Mario Draghi en «sauveur»

En janvier 1994, l’Institut monétaire européen est créé pour établir le Système européen de banques centrales, avec la Banque centrale européenne et la nouvelle monnaie. La BCE devient alors opérationnelle le 1er juin 1998, six mois avant l’introduction de l’euro. Et le 1er janvier 2002, l’euro remplace le franc, mais aussi le mark, la lire, la peseta…

Au mitan de son existence, l’euro aurait pu faire naufrage avec la crise de la dette souveraine. Mais, au plus fort de la tempête, Mario Draghi, à la tête de la BCE, réussit à rétablir la confiance avec sa formule célèbre prononcée le 26 juillet 2012 : «La BCE est prête à faire tout ce qui est nécessaire pour préserver l’euro. Et croyez-moi, ce sera suffisant.» Autrement dit, l’institut d’émission a les moyens d’agir sur les marchés en rachetant des titres sans limite, ce qui brise les attaques spéculatives.

Aujourd’hui, parmi les points positifs, «l’inflation française est très inférieure à ce qu’elle était avant, du temps du franc, constate Éric Dor, directeur des études économiques à l’Ieseg. Depuis le lancement de l’euro, l’inflation moyenne a été de 1,3% en France, contre 5,7% de 1956 jusqu’au 1er janvier 1999.»

De même, sur la période, «la croissance du revenu disponible ajusté net réel par habitant, donc du pouvoir d’achat par résident, a été supérieure en France (1,06% par an) à celle observée chez les principaux voisins que sont l’Allemagne (0,95%), la Belgique (0,71%), l’Espagne (0,55%) et l’Italie (-0,11%)».

Désindustrialisation

En revanche, «en supprimant le risque de change entre pays participants, l’euro exacerbe les incitations à localiser et concentrer la production sur les lieux où la compétitivité est la meilleure, par exemple en Allemagne, et accélère ainsi la désindustrialisation de certains pays au profit d’autres», analyse Éric Dor. Dont la France.

Le 1er janvier 2022, celle-ci a pris les rênes de l’Union européenne pour six mois. Dans ce cadre, le président Emmanuel Macron compte bien réformer les règles budgétaires, qui ne sont plus respectées par nombre de pays. La Croatie et la Bulgarie, qui mènent actuellement les démarches pour faire partie du «club», ne vont pas s’en plaindre.