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États-Unis : la Réserve fédérale au taquet

Publié le 27 août 2021

C’est un simple mot de huit lettres, mais qui a ce pouvoir d’inquiéter les marchés : tapering. Sa traduction littérale (dégressif) n’a pourtant rien d’alarmant. Mais en matière de politique monétaire, le tapering consiste pour une banque centrale, en l’occurrence celle des États-Unis, à réduire ses achats d’actifs sur le marché.

Ce qui a pour effet, par le jeu de l’offre et de la demande, de redonner de l’altitude aux taux d’intérêt et de durcir les conditions du crédit. Tout ce dont a horreur Wall Street, surtout lorsqu’elle flirte avec ses niveaux records.

Vers une réduction des achats d’actifs

La semaine dernière, les investisseurs ont donc manifesté leur mauvaise humeur lorsqu’ils ont pris connaissance des minutes du Federal Open Market Committee, c’est-à-dire le compte rendu détaillé de la dernière réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale.

Dans ce document de quinze pages, accessible sur le site de la Fed (www.federalreserve.gov), ils ont pu constater que ce débat sur les achats d’actifs a été amplement abordé, avec l’emploi du terme honni pas moins de quinze fois. De fait, avec une progression de 6,5% en rythme annualisé au deuxième trimestre 2021, le PIB des États-Unis a déjà dépassé son niveau d’avant la pandémie, au quatrième trimestre 2019.

«Le PIB réel a retrouvé son niveau pré-crise deux fois plus vite qu’après la grande récession de 2008. Si cette reprise rapide a été rendue possible, c’est en large partie grâce à la Fed, dont l’action décisive au début de la pandémie a permis d’éviter un choc négatif sur le crédit et, à l’inverse, a causé un relâchement des conditions financières, explique Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF. Un dilemme se pose alors : faut-il poursuivre cette politique au risque d’attiser les tensions de prix (biens et actifs) ou bien la resserrer au risque de mettre en péril la phase d’expansion ?»

Autrement dit, alors que les conditions économiques commencent à se normaliser, faut-il rester avec des montants de rachats d’actifs anormalement élevés (au rythme actuel de 120 milliards de dollars par mois) ?

Un calendrier précisé d’ici septembre

La question n’est pas encore tranchée, d’autant que cette politique interventionniste est intimement liée à l’évolution du marché du travail. La Fed n’a-t-elle pas déjà indiqué qu’elle réduirait ses achats lorsque des «progrès substantiels» dans les créations d’emplois auront été accomplis ?

À cet égard, Jerome Powell, le président de la Fed, pourrait préciser le calendrier, ce 27 août, lors du symposium de Jackson Hole où se réunissent chaque année depuis 1982 les grands argentiers de la planète.

«Nous sommes provisoirement d’avis que la Réserve fédérale annoncera un ralentissement de l’assouplissement quantitatif lors de la réunion du FOMC de septembre, avec un freinage des achats à partir d’octobre, prévoit James Knightley, chef économiste chez ING. Les commentaires des responsables de la Fed suggèrent que ce sera assez rapide et se terminera très probablement au deuxième trimestre 2022. Mais cela dépend bien sûr de la résurgence du Covid.»