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États-Unis : la Fed maintient le cap

Publié le 05 août 2022

L’inflation ou la récession ? Alors que l’économie américaine navigue aujourd’hui entre ces deux écueils, la Réserve fédérale (Fed) a choisi sa priorité dans la conduite de sa politique monétaire : endiguer la hausse des prix.

Elle a donc annoncé le 27 juillet, conformément aux prévisions, une nouvelle hausse de ses taux d’intérêt de 75 points de base (0,75), les situant désormais dans une fourchette de 2,25 à 2,50%. Il s’agit du quatrième tour de vis monétaire aux États-Unis depuis mars dernier. Et le mouvement devrait se poursuivre, prévient le comité monétaire de la Fed, assurant qu’il demeurait «très attentif aux risques d’inflation» (9,1% par an en juin) et déterminé à la ramener «à son objectif de 2%».

Un recul de l’investissement

Néanmoins, le principe de «forward guidance», consistant pour une banque centrale à donner à l’avance des indices sur son action future, afin d’orienter les anticipations, est abandonné au profit d’un guidage à vue (réunion par réunion). Cela dans un souci de crédibilité, l’environnement économique étant devenu très mouvant. «La Fed est sur un chemin de crête», commente Raphaël Thuin, responsable des stratégies de marchés chez Tikehau Capital.

D’un côté, «les créations d’emploi sont restées robustes ces derniers mois et le taux de chômage est toujours bas», a indiqué la Fed. Ce qui n’empêche que l’économie est en plein ralentissement et même en récession, à strictement parler, puisque les derniers chiffres du produit intérieur brut (PIB) américain montrent une croissance négative pour le deuxième trimestre consécutif, avec une contraction de 0,9% en rythme annualisé sur la période d’avril à juin (-0,2% d’un trimestre à l’autre).

Dans l’industrie notamment, «les prévisions de production et les nouvelles commandes laissent présager une baisse de l’activité durant l’été», indique Vincent Manuel, directeur des investissements chez Indosuez Wealth Management.

Et vu l’affaiblissement de la consommation des ménages et surtout le recul de l’investissement des entreprises, il prévoit une stagnation de la croissance à l’horizon de 2023. Tout en observant à cet égard que les États-Unis ne font pas mieux que l’Europe, contrairement à ce que l’on pouvait attendre, compte tenu du choc énergétique consécutif à la guerre en Ukraine, beaucoup plus faible outre-Atlantique.

L’espoir du «soft landing»

Au regard de cet essoufflement économique, les analystes s’attendent à ce que le resserrement monétaire de la Fed se poursuive à un rythme atténué. Beaucoup tablent sur un relèvement de 50 points de base en septembre, puis de 25 points de base lors des réunions suivantes du comité monétaire, avant une stabilisation entre 3,25 % et 3,50 % à la fin de l’année.

Pour autant, l’inflation ne devrait pas forcément refluer rapidement. «Une évolution optimale de l’inflation en V inversé paraît peu probable», estime Raphaël Thuin. Il voit plutôt les prix évoluer sur un plateau au début de l’année prochaine et, pour la croissance, se montre très prudent face au scénario de «soft landing» (atterrissage en douceur) espéré par la Fed. Un scénario auquel semblent pourtant croire les marchés, comme le montrent la remontée récente des indices boursiers et la poursuite de la détente des rendements obligataires.