Le conservateur

Actualités Le Revenu

États-Unis : la confiance s’érode

Publié le 01 juillet 2022

La confiance est une chose fragile, elle «se gagne en gouttes et se perd en litres», comme le disait Jean-Paul Sartre. Les consommateurs américains ne l’ont pas fait mentir. Leur confiance s’est nettement dégradée en juin, selon l’indice du Conference Board, ce think tank, ou centre d’expertise, très apprécié outre-Atlantique en matière d’économie.

L’indice de confiance est en effet tombé à 98,7, en baisse de 4,5 points par rapport à celui de mai. Il se situe ainsi à son plus bas niveau depuis février 2021. Certes, la composante mesurant la perception de la conjoncture actuelle est restée stable, mais celle appréciant la conjoncture à venir a chuté de 7,3 points à 66,4, son étiage depuis mars 2013.

L’inflation gruge les revenus

«L’indice des attentes a poursuivi sa trajectoire descendante, tombant à son point le plus bas en près d’une décennie, analyse Lynn Franco, directrice principale des indicateurs économiques au Conference Board. Cette perception plus morose de la conjoncture à venir tient aux inquiétudes grandissantes concernant l’inflation [+ 8,6% en mai sur un an glissant, son plus-haut depuis 1981], en particulier la hausse des prix de l’essence et des denrées alimentaires.»

D’ailleurs, «les projets de vacances se sont encore adoucis au fur et à mesure que la hausse des prix fait des ravages», ajoute-t-elle. Or, pour mémoire, la consommation des ménages représente plus des deux tiers de l’activité…

«La hausse des prix de l’essence à la pompe, la chute de plusieurs indices boursiers [le Nasdaq a perdu 23,5% en trois mois] et l’inflation élevée qui gruge les revenus ne pouvaient qu’alimenter les inquiétudes des consommateurs américains, remarquent les experts de Desjardins, premier groupe financier coopératif en Amérique du Nord. À tout cela s’ajoutent les hausses de taux d’intérêt décrétées par la Réserve fédérale et ses effets sur les taux de détail, notamment du côté des hypothèques.

Dans ce contexte, les possibilités de récession sont de plus en plus invoquées.» Le président de la Fed, Jerome Powell, n’a-t-il pas déclaré récemment devant les sénateurs que la récession était «une possibilité» ?

La Réserve fédérale ne s’en laisse pas conter

La Fed va-t-elle pour autant mettre la pédale douce ? Pas vraiment. Le 15 juin, la Banque centrale a déjà relevé de 0,75 point son principal taux directeur – sa plus forte hausse depuis 1994 – pour l’inscrire dans une fourchette de 1,50% à 1,75% (après un relèvement d’un quart de point en mai). Et, lors de sa prochaine réunion, les 26 et 27 juillet, elle devrait de nouveau resserrer les conditions du crédit entre 0,50% et 0,75%, le marché anticipant un taux cible de 3,4% d’ici la fin 2022.

En dépit de cette baisse en juin, «l’indice du Conference Board ne suggère pas de grave revers de la conjoncture, tempèrent les experts de Desjardins. C’est que la vigueur du marché du travail offre un bon support à l’humeur des ménages.

L’opinion prépondérante des Américains sondés est que les emplois sont encore très faciles à trouver. Il faudrait que cette situation change rapidement pour réellement s’inquiéter d’une récession».