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Économie américaine : jusqu’ici tout va bien…

Publié le 12 novembre 2021

Buy high, sell higher, dit le proverbe. En d’autres termes, achetez cher et revendez encore plus cher. À la Bourse de New York, les investisseurs l’ont suivi à la lettre et ne peuvent que s’en féliciter.

Quel que soit le baromètre utilisé – Dow Jones, Nasdaq Composite ou Standard & Poor’s 500 – Wall Street signe chaque semaine de nouveaux records, après un parcours déjà époustouflant : 29% en un an, 42% en trois ans, 100% en cinq ans, 202% en dix ans.

Bonnes nouvelles en cascade

Les bonnes nouvelles, il est vrai, se sont succédé en nombre. Les États-Unis ont d’abord connu en octobre un rebond heureux du marché du travail, avec 531.000 emplois créés, ramenant le taux de chômage à 4,6%. Ce qui n’a pas manqué d’enchanter le président Joe Biden : «Plus de 5,6 millions d’emplois créés. Moins de 5% de chômage. Il s’agit d’une amélioration significative par rapport à mon entrée en fonction et un signe que nous sommes sur la bonne voie.»

Dans la foulée, le Congrès américain a adopté le plan massif d’investissements dans les infrastructures, voulu par le locataire de la Maison-Blanche. Un budget de 1 200 milliards de dollars, l’équivalent du produit intérieur brut de l’Espagne, destiné à moderniser routes, ponts et aéroports, voire l’Internet à haut débit, et qui va irriguer pendant huit ans toute l’économie américaine (p. 8).

Dans le même temps, la Réserve fédérale américaine (Fed) continue d’être un allié objectif de l’administration Biden. Certes, lors de sa dernière réunion, elle a décidé de réduire ses achats d’actifs, qui atteignent 120 milliards de dollars par mois. Mais elle n’envisage pas pour le moment de relever son taux directeur, qui évolue entre 0% et 0,25% depuis la mi-mars 2020. Et ce, au regard du taux de croissance limité à 2% au troisième trimestre 2021.

L’inflation, cet épouvantail

Enfin, pour ne rien gâter, après dix-neuf mois de restrictions, les États-Unis ont rouvert, lundi 8 novembre, leurs frontières terrestres et aériennes aux touristes vaccinés en provenance d’une trentaine de pays, dont la France. Ce travel ban ou interdiction de voyager, imposé par Donald Trump en mars 2020, était particulièrement mal perçu par les familles et les milieux d’affaires.

Les investisseurs baignent donc dans une douce euphorie, comme en témoigne l’indice Fear and Greed (peur et avidité) de CNN, qui s’élève à 86 sur une échelle graduée de 0 (peur extrême) à 100 (avidité ou euphorie extrême).

Jusqu’ici, oui, tout va bien. Mais cet alignement des planètes pourrait ne pas durer, notamment en raison des risques d’inflation. En octobre, la hausse des prix a déjà atteint 5,4% sur un an, fragilisant le scénario selon lequel cette situation serait temporaire.

Or, une inflation qui reste élevée plus longtemps, même si elle est attribuée à des facteurs ponctuels, augmente le risque que les anticipations d’inflation à long terme s’ajustent également à la hausse, ce que la Fed veut éviter, expliquent Tiffany Wilding et Allison Boxer, économistes chez Pimco.

«Les marchés ont désormais intégré une probabilité élevée de hausse des taux dès la réunion du Comité de politique monétaire en juin 2022. Les rendements des obligations souveraines à court terme dans de nombreux pays ont fortement augmenté ces dernières semaines, tandis que ceux des obligations à plus long terme ont légèrement baissé. Cet aplatissement des courbes de rendement suggère que les investisseurs s’attendent à ce que les banques centrales de plusieurs pays développés commencent à resserrer les conditions du crédit plus tôt et à un rythme plus rapide qu’on ne le pensait auparavant.» Sell high, buy low.