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Chine : un tigre moins téméraire

Publié le 04 février 2022

Les Jeux olympiques d’hiver, XXIVe du nom, se sont donc ouverts à Beijing ou Pékin – si l’on souhaite franciser le nom de la capitale – pour une durée de dix-sept jours.

Et le moins qu’on puisse dire est que la fête est déjà en partie gâchée. Au-delà des critiques sur les atteintes aux droits de l’homme, du boycott diplomatique américain et de l’impact écologique (avec une neige 100% artificielle), cette compétition aura lieu sans le public chinois pour des raisons sanitaires.

Et cette stratégie «zéro Covid», qui consiste à frapper vite et fort au moindre cas détecté, avec des mesures de confinement strict, ne manque pas d’avoir des conséquences sur le plan économique.

Vents contraires

Certes, l’empire du Milieu a terminé 2021 avec une croissance plus forte qu’attendu de 8,1%, la meilleure depuis dix ans, et très supérieure à l’objectif officiel de 6%. Un résultat obtenu grâce à une solide reprise dans l’industrie et au rebond des exportations (+29,9%), qui a permis de dégager un excédent commercial record (676 milliards de dollars, dont près de 400 milliards avec les États-Unis !).

Mais la trajectoire de l’activité, en glissement annuel, suscite des interrogations : +18,3% au premier trimestre, +7,9% au deuxième, +4,9% au troisième et +4% au dernier. De là à penser que 2021 est la dernière année de forte croissance, il n’y a qu’un pas, étant donné la persistance de vents contraires.

«Compte tenu de la stricte stratégie «zéro-Covid», qui restreint régulièrement la mobilité et dégrade les perspectives d’emploi dans le secteur de la construction, la consommation privée devrait être plus faible que prévu, estiment ainsi les experts du FMI dans leurs dernières prévisions. Les investissements dans l’immobilier étant également en recul [avec la déconfiture de grands promoteurs surendettés comme Evergrande], les prévisions de croissance pour 2022 s’établissent désormais à 4,8%.»

Dans cet environnement, le commerce extérieur ne devrait pas être d’un grand secours. Sa contribution «devrait retrouver son niveau pré-crise, autour de 0,5 point de PIB par trimestre», explique Sophie Wieviorka, économiste au Crédit Agricole.

Les raisons ? Elles tiennent à «la normalisation des pratiques de consommation, avec une moindre demande pour des biens directement (matériel médical, médicaments) ou indirectement (produits relatifs au confinement et au télétravail) liés à la pandémie.»

Inflation sous contrôle

En revanche, le pays peut compter sur l’appui de la Banque populaire de Chine. À contre-courant des autres banques centrales, la BPC a décidé d’assouplir sa politique monétaire, le 17 janvier dernier, en réduisant de 10 points de base ses taux d’intérêt à court (7 jours) et moyen terme (1 an), respectivement à 2,1% et 2,85%, avec des injections de liquidités.

L’institut d’émission peut se le permettre. «Bien sûr, le pays subit comme les autres de fortes pressions sur les prix à la production, liées aux contraintes d’approvisionnement et à la hausse du prix de certaines matières premières, analyse Sophie Wieviorka. Pour autant, ces pressions ne se transmettent pas aux prix à la consommation, qui restent très contenus.» L’inflation ne s’est-elle pas limitée à 0,9% en 2021 ?

Cela étant, 2022 apparaît comme une année importante sur le plan politique. Le Parti communiste tiendra son XXe Congrès cet automne, au cours duquel Xi Jinping devrait être reconduit pour un troisième mandat de cinq ans à sa tête, la limite des deux mandats mise en place par Deng Xiaoping ayant été abolie. D’où l’importance de stabiliser la croissance.

Le 1er février, le Nouvel An chinois s’est d’ailleurs ouvert sous le signe du tigre d’eau. C’est le moins téméraire, dit-on, mais le plus sage. À l’image de l’économie cette année ?