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Chine : la machine industrielle redémarre

Publié le 08 juillet 2022

Dans un monde où les nuages s’amoncellent sur l’horizon économique, l’embellie viendra-t-elle de Chine ? Alors que les industriels scrutent les indicateurs qui pourraient leur redonner le moral, un signal positif est récemment venu de l’empire du Milieu.

L’activité manufacturière, mesurée par l’indice Caixin des directeurs d’achat (PMI), a connu en juin sa première amélioration depuis quatre mois, s’établissant à 51,7, contre 48,1 le mois précédent (un chiffre supérieur à 50 reflète une hausse de l’activité).

Il s’agit de la plus forte progression depuis mai 2021 de cet indice établi par le groupe d’informations financières chinois, qui prend en compte les prises de commandes, la production, l’emploi, les délais de livraison et les stocks du secteur manufacturier.

Elle fait suite à la levée de nombreuses restrictions liées au Covid-19 (notamment à Shanghai), qui permet aux usines de répondre pleinement à la demande. Cette tendance positive s’est vue confirmer le 5 juillet par l’indice PMI Caixin des services, qui a rebondi en juin après trois mois de déclin, à 54,5, contre 41,4 le mois précédent.

L’indice composite, qui regroupe industrie et services, s’est, lui, inscrit à 55,3 (42,2 en mai).

Effets positifs pour l’Europe

Les industriels chinois tablent donc sur la poursuite de la levée des restrictions sanitaires et la hausse de la demande, stimulée par les mesures de relance gouvernementales. Ce qui ne serait pas sans effets sur des économies occidentales menacées par la récession.

Selon les analystes du groupe Allianz, l’amélioration de l’offre en provenance de Chine doperait la production dans les secteurs de la pharmacie, des services informatiques, des logiciels et de l’agroalimentaire, qui pâtissent des dysfonctionnements des chaînes d’approvisionnement. Ces secteurs pourraient enregistrer des hausses annuelles de production de plus de 5% au second semestre.

L’économie allemande devrait profiter à plein régime de la réouverture du géant asiatique, qui pourrait fournir au PIB d’outre-Rhin une croissance supplémentaire de 0,5% cette année. En France et au Royaume-Uni, où le secteur manufacturier est plus réduit, ce surcroît de PIB est évalué par Allianz à 0,3%.

Mais une hirondelle ne fait pas le printemps. Malgré les derniers bons chiffres, Caixin observe que le chômage reste à un niveau record dans les grandes villes chinoises et que le marché immobilier est toujours atone.

Le problème reste la stratégie «zéro Covid» adoptée par les autorités, souligne les experts de la firme financière japonaise Nomura. Ils estiment que cette stratégie «devrait persister jusqu’en mars 2023, avec quelques ajustements modérés attendus après l’été».

Révisions à la baisse

Le risque de résurgence de l’épidémie demeure en effet présent, comme le montre le récent confinement de 1,7 million d’habitants de la province de l’Anhui (ouest de Shanghai), où quelques centaines de nouveaux cas ont été rapportées début juillet.

En outre, rappelle Nomura, «les perspectives du secteur des exportations sont affectées par une récession probable aux États-Unis à partir du quatrième trimestre et l’affaiblissement rapide des autres grandes économies», suite à la hausse des taux d’intérêt. Les industriels chinois placent donc leur espoir dans un apaisement des tensions commerciales entre Washington et Pékin pour stimuler leurs exportations.

Avec d’ores et déjà une réduction des droits de douane américains sur près de 300 milliards de dollars d’importations chinoises, si l’on en croit le Wall Street Journal. En attendant, Nomura a abaissé ses prévisions de croissance du PIB chinois pour 2023 à 5,5%, contre 5,7% précédemment. Ses prévisions pour cette année ont déjà été révisées à la baisse en mai dernier, à 3,3%.