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Better late than never (mieux vaut tard que jamais). Après quatre ans et demi de pourparlers – le référendum sur le Brexit remonte, rappelons-le, au 23 juin 2016 –, le Royaume-Uni a donc fini par conclure un accord de commerce et de coopération avec l’Union européenne, désormais réduite à vingt-sept membres.

Accord commercial et… flambée épidémique

Signé le 24 décembre 2020 et entré en vigueur le 1er janvier 2021, ce texte de 1491 pages, dans la version de la langue de Molière (accessible sur https://eur-lex.europa.eu), couvre la sphère des marchandises et des services, l’aviation, le transport routier, la sécurité sociale, la coopération sanitaire, voire le maintien de l’ordre. Certes, la politique étrangère, la sécurité extérieure et la coopération en matière de défense ne sont pas incluses.

Mais cet accord permet d’éviter l’introduction de droits de douane et de quotas dans les échanges entre le Royaume-Uni et l’UE – inévitable en cas de no deal –, ainsi que la fermeture des eaux britanniques pour les pêcheurs européens.

«C’est un accord juste, équilibré et responsable», s’est félicitée la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, alors que le Premier ministre Boris Johnson a fait valoir «cet incroyable moment» : «Notre liberté est dans nos mains, et c’est à nous d’en tirer le meilleur parti.» La Bourse de Londres se mettait même à rêver en gagnant jusqu’à 3,1% durant la première séance de l’année, avant de redescendre sur terre.

Car le soir même, face à la flambée épidémique (plus de 50.000 cas par jour) et devant le risque de submersion du système de santé, le locataire du 10, Downing Street se résignait à annoncer un reconfinement jusqu’à la mi-février (et sans doute jusqu’à début mars), avec fermeture des écoles à la clé.

Politiques budgétaire et monétaire expansionnistes

Certes, le Royaume-Uni apparaît comme un bon élève dans la vaccination – en trois semaines, près de 950 000 personnes ont déjà reçu une première dose de vaccin –, mais ce troisième confinement va «coiffer» la reprise attendue, notamment de la consommation.

Après une contraction de l’activité estimée à 11% l’an passé, la croissance du produit intérieur brut (PIB) ne devrait guère dépasser les 4% en 2021, comme le prévoit l’OCDE dans ses dernières prévisions.

En tout état de cause, «les politiques budgétaire et monétaire devraient conserver une orientation expansionniste jusqu’à ce que la reprise soit fermement engagée», soulignent les experts de l’OCDE. Selon le Bureau de la responsabilité budgétaire, «les dépenses destinées à soutenir les entreprises et les ménages et à renforcer les capacités de soins et de dépistage vont atteindre 16% du PIB pendant l’exercice 2020-21.»

Et la Banque d’Angleterre, qui a déjà ramené son taux directeur à son plus-bas historique, à 0,1%, et porté son programme de rachat d’actifs à 895 milliards de livres, pourrait bien faire un nouveau geste.

L’indépendance de l’Écosse, une menace réelle

En attendant, «de nombreux défis se profilent à l’horizon, à la fois à court et à moyen terme, étant donné le changement important dans les relations commerciales du Royaume-Uni avec l’UE», avertit Paul Hollingsworth, économiste chez BNP Paribas.

Et «parmi les ramifications politiques qui pourraient en découler, nous pensons que la menace de l’indépendance de l’Écosse est un thème clé pour les prochains mois.»

De fait, la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, a réitéré dès le 2 janvier son espoir que l’Écosse puisse rejoindre l’UE. «Nous subissons maintenant un Brexit dur contre notre volonté, au pire moment possible», a-t-elle déploré, en rappelant que les Écossais s’y étaient opposés à 62%. Boris Johnson a fermé la porte à la tenue d’un nouveau référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Jusqu’à quand ?