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En ce début du mois de janvier, malgré la persistance des mouvements sociaux, le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, ne s’est pas départi de son optimisme.

«Les perspectives économiques de la France sont bonnes et solides. C’est un des pays de la zone euro qui réussissent le mieux malgré un environnement international difficile. Notre croissance atteindra 1,3% en 2019, tout comme nous le prévoyons pour 2020», a-t-il assuré dans les colonnes du Journal du Dimanche.

De fait, selon la plupart des experts, le produit intérieur brut (PIB) devrait croître de 1,3% en 2019 – l’Insee publiera sa première estimation le 31 janvier –, contre 1,7% en 2018 et 2,4% en 2017, grâce à la bonne tenue de la demande intérieure.

Plus résiliente que l’Allemagne et l’Italie

Mais, pour l’année 2020, en reprenant la prévision inscrite dans la loi de finances, le locataire de Bercy semble pécher par excès d’optimisme.

Du fait d’une conjoncture internationale dégradée, qui se traduirait par un ralentissement marqué des exportations, la croissance pourrait bien de nouveau décélérer, même si la France fait preuve de plus de résilience que certains de ses partenaires européens, notamment l’Allemagne et l’Italie.

Dans ses dernières projections macroéconomiques, la Banque de France anticipe une progression de l’activité de 1,1% en 2020.

Cette résistance relative tiendrait une nouvelle fois au dynamisme de la demande intérieure. «L’investissement des entreprises [qui compte pour 14% dans le PIB] resterait porté par des conditions financières favorables», explique l’institution bicentenaire, les taux des emprunts d’État restant négatifs jusqu’à une maturité de 10 ans. Les gains de pouvoir d’achat significatifs depuis fin 2018 favoriseraient une accélération progressive de la consommation des ménages [52% du PIB], qui atteindrait un pic en 2020.»

Dans ce contexte, avec une inflation limitée à 1,1%, le taux de chômage, au sens du Bureau international du travail, poursuivrait sa décrue pour s’établir à 8,2% de la population active, contre 9,1% en 2018 et 10% en 2016.

Un surplus d’épargne en renfort

«Les ménages ont pour l’instant épargné ce qu’ils avaient reçu au titre des mesures de soutien à leur revenu : baisse de la taxe d’habitation, annulation de la hausse de la CSG pour les retraites et des hausses de taxe sur le carburant, défiscalisation des heures supplémentaires, explique Bruno Cavalier, chef économiste d’Oddo BHF. Sauf à penser que le niveau désiré d’épargne s’est accru de manière structurelle, les dépenses des ménages sont amenées à s’affermir au fil du temps. En outre, les conditions du marché du travail restent très favorables, avec plus de 250.000 créations d’emploi par an depuis 2016 », même si le rythme va sans doute ralentir. Aussi, «la consommation devrait accélérer en 2020».

Le mouvement de grève, initié depuis le 5 décembre 2019 en réponse au projet de réforme des retraites, est-il de nature à contrarier ce scénario ? Pour le moment non, «si un compromis est trouvé rapidement», comme le précise Bruno Le Maire.

«D’après l’Insee, l’effet des grèves de 1995 lié au plan Juppé [qui avaient duré plus d’une vingtaine de jours] a eu un impact de 0,2 point de PIB sur le quatrième trimestre de 1995, soit 0,05 point sur l’année», rappelle Arno Fontaine, économiste France chez Natixis.

Or, toutes choses égales par ailleurs, «l’effet négatif sur la consommation pourrait être plus faible aujourd’hui en raison des nouveaux modes de consommation liés à Internet qui n’existaient pas en 1995».