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Wall Street est décidément de bonne composition. Les images sidérantes du Capitole envahi par des militants pro-Trump, symbole d’une Amérique en proie à de vives divisions, ont laissé les investisseurs de marbre.

Quelques jours plus tôt, ils avaient été un peu effrayés à la perspective d’une majorité au Sénat favorable au «président de la hausse des impôts»… mais très brièvement. Dès la nouvelle confirmée, les indices américains ont repris le chemin de la hausse !

L’issue de la «bataille de Géorgie» constitue pourtant une surprise de taille, avec la victoire des démocrates Jon Ossoff et Raphael Warnock dans cette élection partielle où se jouaient les deux derniers sièges du Sénat américain.

Les partis rivaux occupent ainsi exactement le même nombre de sièges à la Chambre haute, mais les démocrates peuvent compter sur la voix décisive de la présidente du Sénat (et vice-présidente des États-Unis), Kamala Harris.

Des milliers de milliards de dollars de dépenses

Joe Biden, qui prête serment ce 20 janvier, dispose ainsi pour les deux prochaines années – au moins – d’une majorité à la fois au Sénat et à la Chambre des Représentants. Les investisseurs voient dans ce nouvel équilibre des pouvoirs à Washington plusieurs motifs de réjouissance.

Tout d’abord, la majorité très ténue au Sénat obligera sans doute Joe Biden à gouverner au centre et à composer avec les républicains, d’autant que certains textes de loi exigent une majorité qualifiée (60% des voix).

Ensuite, le démocrate a confirmé ces jours-ci que «des milliers de milliards de dollars» seraient dépensés pour soutenir une économie américaine éprouvée. Le plan de soutien de 900 milliards de dollars voté en fin d’année sera musclé en ciblant plus particulièrement les ménages, qui pourraient profiter de nouveaux chèques individuels relevés à 2.000 dollars (au lieu des 600 dollars prévus).

Le démocrate veut aussi mettre sur les rails un plan massif d’investissements dans les infrastructures – dont la rénovation fait l’objet d’un consensus bipartisan – qui intégrera d’ambitieux objectifs de réductions des émissions de CO2.

Des hausses d’impôts remisées ?

Candidat des dépenses publiques, Joe Biden avait fait de la hausse de la fiscalité l’autre promesse phare de sa campagne. Son programme prévoit un relèvement du taux de la plus haute tranche de l’impôt sur le revenu (de 37 à 39,6%) et de celui de l’impôt sur les sociétés (de 21 à 28%). Mais dans le contexte économique actuel, il est peu probable que le démocrate court le risque de contrarier la reprise attendue en 2021 grâce aux vaccins.

Comment dès lors financer l’avalanche de dépenses prévues ? «Avec Janet Yellen au Trésor et Jerome Powell à la Fed, la nature du financement de ces dépenses ne fait pas débat, au moins à court terme. Les États-Unis vont continuer à monétiser la dette publique», pronostique Éric Galiègue, président de Valquant.

Se dessine ainsi, selon cet expert des marchés, une «forme d’alignement des planètes qui veut que le retour de la croissance rime avec le maintien de taux très bas». Autrement dit, «le paradis pour Wall Street». Certes, le récent sursaut des rendements américains à 10 ans, reflet d’une hausse des anticipations de croissance et d’inflation, n’est pas passé inaperçu.

Mais Jerome Powell a promis de veiller à ne pas laisser les taux longs remonter trop rapidement. Le 46e président américain pourra ainsi compter sur la Fed pour garder un biais très favorable à la reprise… et à la mise en œuvre de son agenda économique.