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Ce n’était pas arrivé depuis 2011 : six banques centrales – Fed, BCE, Banque d’Angleterre, Banque du Japon, Banque nationale suisse et Banque du Canada – se sont accordées le 15 mars pour renforcer la liquidité des marchés financiers en abaissant le coût des échanges de devises (swaps) en dollars.

Cet ersatz de coordination ne les empêche toutefois pas de prendre leurs décisions majeures chacune de leur côté.

La Réserve fédérale américaine (Fed) a ouvert le bal le 3 mars en abaissant de 0,5 point sa fourchette de taux directeurs, entre 1% et 1,25%, avant de la porter le 15 mars entre 0% et 0,25%.

Du jamais-vu depuis 2008 ! Son gouverneur Jerome Powell a aussi dégainé le «bazooka monétaire», c’est-à-dire un nouveau programme de rachats d’actifs (quantitative easing) de 700 milliards de dollars. Il a aussi assoupli des contraintes réglementaires pour aider les banques à prêter massivement aux sociétés en difficulté. Pour la première fois depuis 2008, la Fed va même racheter en direct des créances d’entreprises à court terme (commercial paper).

Communication maladroite

De son côté, la Banque centrale européenne (BCE) a promis le 12 mars de racheter 120 milliards d’euros de titres (obligations d’États, de sociétés…) d’ici fin décembre, sans contrainte de rythme. Un montant auquel se sont ajoutés 750 milliards six jous plus tard.

Si elle n’a pas touché à son taux de dépôt (-0,5%), l’institution de Francfort a aussi pris des mesures pour inciter les banques à soutenir l’économie (prêts TLTRO, suppression des réserves obligatoires…).

S’ils reconnaissent que ces actions vont dans le bon sens, les marchés ne sont pas vraiment rassurés pour autant.

En cause, le stress persistant sur l’évolution de la pandémie, mais aussi la communication des institutions monétaires.

Jerome Powell a cueilli à froid les investisseurs en prenant des décisions inattendues en dehors des réunions programmées de la Fed.

Quant à Christine Lagarde, elle a choqué en déclarant que la BCE n’avait pas pour mission «de réduire les spreads», c’est-à-dire l’écart entre le coût d’emprunt de l’Allemagne et celui des pays plus fragiles.

Le taux de la dette italienne à 10 ans est passé de 1,2% à 2,2% entre le 11 et le 17 mars, rappelant les prémices de la crise des dettes souveraines.

De quoi pousser l’Autrichien Robert Holzmann, membre du Conseil des gouverneurs, à rétropédaler en assurant que la BCE interviendrait davantage pour protéger les dettes souveraines «si nécessaire».

Bilans pharaoniques

La mise en place de bonnes conditions de liquidité et de financement par les banques centrales a, certes, une utilité non négligeable. Mais la crise inédite du Covid-19 requiert aussi des mesures politiques et budgétaires fortes.

Ces institutions agissent en effet surtout sur la demande, alors que le choc actuel est avant tout du côté de l’offre, contrairement à 2008.

Les marchés redoutant de surcroît que les institutions monétaires aient bientôt tiré toutes leurs cartouches, notamment compte tenu de leurs bilans pharaoniques.

 

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