16 décembre 2016

La Fed pose de nouveaux défis
à la zone euro

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«Il s’agit d’un vrai challenge», a déclaré Philippe Waechter, directeur de la recherche chez Natixis, convaincu que la BCE avait déjà anticipé la décision de la Fed en prolongeant la semaine dernière son programme de rachats de dettes pour soutenir l’économie européenne jusqu’à fin 2017.

«L’objectif de la BCE est de se créer une sorte de matelas ou de coussin amortisseur pour d’éventuels chocs, avec le but de maintenir les taux très bas, quitte à ce que l’euro se déprécie au-delà de la parité contre le dollar», a-t-il expliqué.

La monnaie européenne a atteint jeudi son niveau le plus bas en 14 ans face au dollar, dans la foulée de la décision de la Fed, plombée surtout par la perspective d’un resserrement monétaire plus rapide que prévu aux Etats-Unis, les membres de la Fed tablant désormais sur trois hausses des taux en 2017, contre deux prévues il y a trois mois.

«La BCE bétonne dans un environnement où le cycle américain sera un peu plus positif que le cycle européen. Il faut bien faire comprendre que l’on est sur des cycles différenciés avec des niveaux de taux différents», a ajouté M. Waechter.

Aux Etats-Unis, le président élu Donald Trump a promis un plan de relance budgétaire colossal et de fortes baisses d’impôts, des mesures qui auront de forts effets inflationnistes si elles sont lancées après son arrivée à la Maison Blanche à la mi-janvier.

Un risque pour la zone euro

Rien de tel en Europe, où la BCE a reconnu la semaine dernière qu’elle n’atteindrait toujours pas son objectif de 2% en 2019, ne tablant que sur 1,6%. La perspective de la hausse des taux en Europe reste ainsi éloignée et la divergence avec les Etats-Unis devrait donc s’accentuer.

Une situation qui pourrait entraîner des mouvements de capitaux de la zone euro vers les Etats-Unis, où les rémunérations plus alléchantes.

Un vrai risque, a jugé Christopher Dembik, responsable de la recherche économique chez Saxo Bank, qui craint un désinvestissement au niveau européen avec des capitaux qui vont se rediriger vers les USA, même s’il estime que le risque n’est pas exacerbé.

«Mais il faudra le surveiller parce que nous entrons dans une période assez particulière, car nous n’aurons jamais eu sur une aussi longue période de deux à trois ans un aussi grand différentiel de politique monétaire entre les deux rives de l’Atlantique», a-t-il détaillé.

Avec le danger que la croissance déjà fragile en zone euro ne soit pénalisée par cette sortie de capitaux. «Dans nos projections, nous nous attendons à une croissance inférieure en 2017 en zone euro à celle de cette année», a prévenu M. Dembik.

M. Waechter confirme qu’il y aura forcément des ajustements qui s’opéreront. Il faut y être attentif.

Pour Olivier Garnier, chef économiste groupe à la Société Générale, cette situation serait pourtant de nature à aider la BCE et la zone euro. «L’an dernier, nous attendions que la Fed augmente ses taux et comme elle ne l’a pas fait la BCE a été gênée», rappelle-t-il.

A ses yeux, si la BCE a besoin de maintenir un certain écart avec les Etats-Unis, il vaut mieux que ça passe avec une Fed qui monte ses taux plutôt que l’inverse, l’institution de Francfort n’ayant plus de marge de manoeuvre pour abaisser ses taux.

Aux yeux des économistes interrogés, la zone euro ne se trouve pas dans la même situation que les pays émergents qui vont être bousculés par la hausse des taux américains. «Nous serons moins touchés parce que l’euro est perçue comme une zone financière assez stable, mais les plus touchés seront les émergents», a estimé M. Waechter.

Le Revenu avec AFP

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